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Actualités, MNOPerigord TOUR 2016

Une étreinte de fin de concert. Le colosse harmoniciste Johnny Sansone enlace la frêle Catherine Russel au sortir de sa prestation sur la grand-scène du MNOPalio de Boulazac. Comme souvent, le photographe Fabrice Della Mutta rend bien compte de l’instant, mélange de contraste morphologique, de partage et de soulagement.

Un moment plus tôt, la chanteuse a tout donné sans que personne, dans les quelques 2 000 spectateurs présents ce soir là, ne s’aperçoive de la trachéite insidieuse qui la rend quasi aphone depuis plusieurs jours. Avec un métier consommé et beaucoup de cœur, les rugosités de fond de gorge et les aspérités par trop rocailleuses sont mises de côté en attente de conditions météo locales plus clémentes. Les notes les plus polies et les plus ténues se retrouvent naturellement au premier plan créant d’emblée une sensation de bien-être dans le public. Le vieux classique de Bessie Smith, Kitchen Man, au second sens lourd en sous entendus, s’en trouve détourné, transformé et magnifié. Un numéro digne des équilibristes les plus aventureux qui indéniablement plait à un Johnny, tapi dans l’ombre des coulisses, non loin d’une bouteille de Pécharmant. Dans ces conditions, l’idée initiale du duo que les deux artistes avaient secrètement projeté dans l’après-midi n’ira pas plus loin ; sans un mot, on passe à autre chose, histoire de reposer en douceur des cordes vocales malmenées.

© Fabrice Della-Muta

© Fabrice Della-Muta

Une pudeur qui en rappelle une autre, quelques années auparavant, toujours dans le cadre de MNOP mais dans un autre lieu. L’histoire d’un regard en contrebas de la scène du parc Gamenson, Un regard inquiet, scrutateur, témoin d’une personnalité aux aguets. Le grand musicien Spencer Bohren ne quitte pas des yeux le non moins talentueux artiste Wolfman Washington, visiblement peu en forme sous les feux des projecteurs. Le show funk généralement si rodé et habité semble là étrangement atone et dépourvu de substance. L’instant d’après, Wolfman, le loup hurlant du Bayou Saint John, chancelle, victime d’une anémie aigue qui le contraindra à prolonger de quelques jours son séjour périgourdin. En lieu et place, Spencer a surgi prenant le devant de la scène d’un coup de lap steel, cette guitare aux glissandos lascifs et pour le coup angoissants. Là aussi, comme au Palio, le public ne s’aperçoit pas vraiment du moment de tension que la situation d’urgence génère en coulisse. Spencer prend en main l’orchestre de son ami et voisin de City Park à la Nouvelle-Orléans et la musique coule comme si les Roadmasters avaient répété des heures avec ce leader improvisé qui sauve du coup le spectacle.

Deux situations différentes pour une empathie commune. Un lien fort qui transcende les genres des musiques louisianaises et, en filigrane, le sentiment que ces musiciens appartiennent à une même confrérie fière de ses racines et de ses rites.

Loin des contingences d’un showbizz énucléé, on prend plaisir à fréquenter, à voir vivre et à écouter des artistes qui prennent leur temps et restent en symbiose avec leur sol, leur environnement et leur éthique. Spencer Bohren viendra régulièrement sur le MNOP Tour pour chanter les nombreux couplets de sa chanson de la longue ligne noire qui signe sur les murs de New Orleans le niveau des inondations post-ouragan. En fin de soirée, entre la poire et le confit, Johnny Sansone nous parlera de ce premier enregistrement de l’après katrina, chez lui, sur un bayou St John encore retourné, où la chanson Poor Men’s Paradise – Le Paradis des pauvres hommes – a fusé comme une évidence…

Loin des contingences d’un showbizz énucléé, on prend plaisir à fréquenter, à voir vivre et à écouter des artistes qui prennent leur temps et restent en symbiose avec leur sol, leur environnement et leur éthique. Spencer Bohren viendra régulièrement sur le MNOP Tour pour chanter les nombreux couplets de sa chanson de la longue ligne noire qui signe sur les murs de New Orleans le niveau des inondations post-ouragan. En fin de soirée, entre la poire et le confit, Johnny Sansone nous parlera de ce premier enregistrement de l’après katrina, chez lui, sur un bayou St John encore retourné, où la chanson Poor Men’s Paradise -Le Paradis des pauvres hommes- a fusé comme une évidence…

Cet été, Johnny sera de nouveau avec nous sur les routes de Dordogne, Au fil du temps, des accordéons et des harmonicas, sillonnant le département en pourchassant quelques volailles roboratives, il formera, avec ses compagnons Big Chief Monk Boudreaux et John Fohl, un trio sans leader où tout se passe et s’échange. D’une vielle mélopée indienne à la boucle obsédante à un blues éraillé, d’un chant cajun à la francophonie surannée aux rugueuses et récentes compositions, ces grands musiciens traverseront l’été périgourdin à leur manière, en déversant çà et là un peu de cette vie farouche aux senteurs tout aussi suaves et épicées qu’une étreinte de fin de concert.