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French Quarter Festival 2018,
New Orleans, Louisiana

7 – Chroniques louisianaises

Une série de chroniques à suivre de Stéphane Colin, pour ABS Magazine sur le French Quarter Festival 2018.

Le French Quarter Festival est un moment plus qu’un festival stricto sensu. Dans l’ombre du tentaculaire New Orleans Jazz Festival et de ses 600 000 spectateurs en deux week-ends déversés à distance sur l’hippodrome de la ville, le « petit » festival déploie ses scènes à même le Quartier Français. La musique distillée est variée mais purement locale. Il fait bon se promener au bord de Mississippi et passer d’une scène à l’autre, au rythme d’un déhanché de second line de Brass Band.

Un festival qui rend hommage aux musiques de la ville et auquel on avait envie en retour une fois encore de rendre hommage à sa manière vagabonde et décalée. Notes éparses sans réel lien, si ce n’est ce son local, son bricolage perpétuel et les réminiscences que chaque note, chaque coin de rue et chaque rencontre engendrent. Notes à Nola…

NOLA est là… / Charles Neville

« Serpentine style »… Dans le flux des hommages qui suivent le décès de Charles Neville, deux mots qui résonnent comme une évidence. On se passe Yellow Moon en boucle dans un coin de playlist intemporelle. Loin des serveurs informatiques, le morceau tourne dans la tête épousant les arabesques du saxophone de Charles. Un style comme un homme. Le sourire éternel au bout de la moustache, une décontraction classieuse que rien ne semble déranger. Une photo dans un cadre qui voyage « juxta muros » dans la maison. Charles avec les Neville Brothers en 2006 pour clôturer le Jazz Fest d’après Katrina : « On se retrouve aux Neville ». Un point d’orgue de Jazz Fest en point de rencontre, de reconnaissance…

L’enfant est avec lui, un saxophone en plastique dans la bouche. Charles irradie. Sa musique qui imprègne celle des Neville d’une encre indélébile. Le son des Meters, des Wild Tchoupitoulas en filigrane.

Quelque temps auparavant, au cub du Snug Harbor, où elle tient la Monday Night depuis une bonne trentaine d’années, Charmaine, sa fille, nous avait présenté son jeune frère avec force rires et tendresse. En retrait, Charles souriait, irradiait. Une carrière de bopper, de horns section de rythm and blues avant de retrouver les frangins. Fab Four for ever. On se repasse un reportage japonais du Jazzfest de 92. Les Neville partout, seuls ou ensemble.

Meters avec Art, Aaron sous la gospel Tent signant des autographes à un Mass Choir adolescent, Cyril en rasta man et Charles au-devant de son groupe Unity foisonnant, bouillonnant. Le feeling au-delà des formes et des classifications fallacieuses. Les quatre pour mieux en témoigner. Un premier au revoir au Saenger Théâtre de New Orleans en 2015. Farewell Concert for Nevilles forever… Quelque temps après, Please send me someone to love à trois. Aaron, Charles et Dr John (The Musical Mojo Of Dr John 2016).

Dernier instant de grâce hors du temps et du tempo. Un ange est passé….

Neville Brothers – New Orleans Jazz and Heritage Festival 1992

Une série de chroniques à suivre de Stéphane Colin, pour ABS Magazine,
sur le French Quarter Festival 2018.


Crédit photo : Frans Schellekens/Redferns