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MNOPerigord TOUR 2018

En 1718, La Moyne de Bienville établit une implantation à l’embouchure du Mississippi : il la prénomme la Nouvelle-Orléans en hommage au Régent, Philippe Duc d’Orléans. En 2018, MNOP fête le Tricentenaire de la Nouvelle-Orléans avec son 18me Festival ! La Dordogne se pare une nouvelle fois des couleurs chaudes et mystérieuses de la Louisiane.

Été Congo

Il y a quelque temps, un chanteur néo-orléanais a passé un moment dans les locaux de Mnop. Le moment a duré en l’occurrence près d’une année. Rien de grave en l’état, mais l’attention et la présence des bénévoles de l’association ont permis à ce musicien talentueux de se reconstruire grâce aux multiples soutiens tant médicaux que scolaires, financiers, hôteliers, psychologiques… et artistiques.

Dale Blade, puisque c’est de lui dont il s’agit, a pu ainsi se réaffirmer en tant que chanteur-leader et la réflexion quant au répertoire susceptible de lui convenir et à l’orientation artistique idoine a sûrement pris corps dans cet endroit et dans cette période. À titre d’exemple, The Clock, le vieux morceau de Johnny Ace et sa relecture par le chanteur harmoniciste Little George Sueref ont indéniablement été un révélateur de ce tournant de carrière. Un tournant que le groupe des Roomates a supporté et épaulé (sic!) pendant un Mnop Tour fidèle à ses principes de transversalité, de nomadisme et de créolisation culturelle.

Des éléments qui n’apparaissent certes pas dans le dossier de presse Dixiefrog du dernier disque de Dale Blade, mais qui résonnent en nous, bénévoles de Mnop, avec la force du souvenir et la conviction de l’instant présent. Nulle acrimonie dans le propos. Se pencher sur ce passé associatif rend compte de l’évolution ultérieure. Le programme du MnopTour 2018 répond à la logique initiale, se nourrissant de ses antériorités successives.

Que Little Georges Sueref, le véritable réinventeur de The Clock, passe cet été par la place de la Clautre périgourdine ou le théâtre de Brive ne saurait être le fruit du hasard. Véritable légende londonienne, l’homme qui n’a enregistré qu’un seul disque s’arrachant à prix d’or sur les sites spécialisés, trouvera d’autant plus sa place dans cet été festivalier que ce Cd bénéficiait de la présence d’un des grands ami de Mnop venus deux fois en Dordogne à savoir Lazy Lester.

Que quelques Roomates, ce groupe aquitain comparé en son temps par la revue Soul Bag aux prestigieux Crusaders, se retrouvent dans différents projets du Mnop Tour 2018 paraît tout autant dans la logique. Le saxophone de Sylvain Terjizo pèsera ainsi de tout son poids dans la section de cuivres de Nico Duportal and his Rythm Dudes. Revitaliser un Rythm and Blues originel qui a pris son expansion dans les premiers studios de New Orleans ouverts juste après guerre par Cosimo Matassa (Little Richard, Fats Domino…) n’est pas la moindre gageure de ce groupe qui tourne dans l’Europe entière et qui n’a peut être pas actuellement d’équivalent outre-Atlantique. Mensignac, Excideuil ou la place Dausmenil de Périgueux en feront, ente autres, la douce expérience.

Pierre Cherbero et Olivier Leani, respectivement clavier et batteur des Roomates apporteront quant à eux leur expertise au projet original et exclusif du MnopTour 2018. En ce trois centième anniversaire de la création de la cité de la Nouvelle-Orléans, l’élaboration d’une création spécifique a pris corps au gré des contacts et des forts liens musicaux qui unissent ces artistes.

La New Orleans Funky Rewiew se propose de tisser un pont entre les différents styles musicaux de la ville. Du saxophone de Jimmy Carpenter inspiré de celui de la Panthère Rose de Plas Johnson à la guitare du grand leader de funk Billy Iuso en passant par la batterie des fanfares de Wayne Maureau, ce sont quelques-uns des paysages sonores les plus marquants de la cité du Croissant que le nomadisme festivalier du MnopTour entreprendra d’avaliser.

La présence du Chef des Goldens Comanches, le chanteur Juan Pardo, élargira un peu plus la palette : hommage appuyé au son particulier généré par des esclaves « marrons » du XIXe siècle, échappés des plantations, trouvant refuge auprès des tribus indiennes, revenant ensuite à la ville et créant un carnaval spécifique et atypique dans lequel les costumes indiens réfléchissent une musique percussive qui reste un siècle et demi plus tard fortement teinté d’influences africaines.

Un cercle de vie qui se fermerait autour de cette place Congo de New-Orleans où serait né le jazz et dans laquelle la chanteuse du Zimbabwe Hope Massike aurait toute sa place. Un coin de Plaine pour faire résonner un piano à pouces : Mbira à Lamoura, la mélopée lancinante qui ramène tout autant à l’Afrique qu’au Congo Square louisianais trouvera une pulsation dans cette instrumentation que le groupe Automatic City fera sienne quelques jours plus tard à Château-L’Évêque.

On parlera aussi de l’harmonica de Greg Izor, de sa « spirituelle filiation » avec Johnny Sansone, de ses liens forts avec le guitariste Thibaut Ripault des Possums qui de Bourrrou à Valojoulx en passant par Lembras, Agonac, Razac, Hautefort ou Atur exposera une sinuosité musicale à même de prendre le territoire à bras-le-corps. La mélopée créole et bluesée du trio Delgres pourra d’autant mieux enrober le Château du Bouquet de Sorges qu’elle aura été précédée du son du Old School Funky Family. Deux groupes et deux approches avec une basse soufflante en osmose. Un tuba de part et d’autre du feu d’artifice pour chasser la pyrale. Les buis du jardin apprécieront…

De leur côté, les Honeymen amèneront un vent de miel et de feu de leur Bretagne originelle pour transformer Sainte-Marie-de-Chignac ou Plazac en banlieue de Bâton Rouge pendant que le parrain du premier festival de Mnop, le père du blues à la française, Benoit Blue Boy, retrouvera Nico Duportal pour deux dates exclusives dans deux festivals amis, Douchapt Blues et Danses et Musique du Monde de Montignac.

Plus que tout ce 18e festival Mnop fera la part belle aux racines de la musique de la Nouvelle-Orléans. Une tessiture africaine qui transparaîtra çà et là. Des bords de la Vèzère aux berges de l’Isle, de la Guinguette de Barnabé au pont de Mussidan en poussant jusqu’au Festival Relâche de Bordeaux.

L’eau boueuse du Mississippi s’écoulera aux sons des percussions, des chants indiens et des vielles mélodies maliennes. Rien d’un prétexte ou d’un rapprochement artificiel. La plus Africaine des cités états-uniennes n’en assurément pas fini de recycler les « Muddy Water » du fleuve Congo….