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Tout au long de cette année, nous allons suivre les tribulations de Nathalie, bénévole MNOP, partie durant quelques mois à la Nouvelle-Orléans. Au travers de ses mots, Natalie nous offre un témoignage sincère et réel de NOLA.

Le Lycée Français de la Nouvelle-Orléans, permet à ses étudiants d’être inscrits dans les meilleurs collèges et universités du monde. Et également d’obtenir le baccalauréat français et le baccalauréat en Louisiane dans un environnement éducatif stimulant baigné de cultures diverses.

12 – L’histoire de Judy Hill et du bar Ooh Poo Pah Doo à Treme

« 7 novembre 2018,

J’ai rencontré Judy grâce à des amis communs, Stella et Randy, une soirée d’août lors d’un BBQ dans leur jardin. Ce petit bout de femme est une talentueuse chanteuse à la personnalité pétillante et j’ai été fascinée par son histoire que j’aimerais partager avec vous…

Fille de l’icône R&B décédée, Jessie Hill et tante des célèbres musiciens Trombone Shorty, James Andrews et Trumpet Black, Judy Hill vient d’une authentique famille de musiciens de la Nouvelle-Orléans. 

Son père lui a appris à chanter dès le berceau. Elle raconte en riant… Petite fille, j’ai toujours eu une jolie voix, alors ma famille me demandait toujours de chanter quand on avait des invités. « Allez, Judy, prends le micro ! » Et le micro, c’était le balai. Et Jessie vous faisait chanter toute la nuit, il était vraiment passionné et très sérieux. Je chantais avec lui au Tipitina’s, un mois sur deux. J’étais jeune. La dernière fois, je devais avoir environ 18 ans.

Judy Hill rêvait d’ouvrir un bar depuis des années, et ce rêve, elle finit par le réaliser.  J’avais l’histoire de la famille en tête… J’ai pensé, on va faire comme quand on était dans le salon de ma mère…

Baptisé du nom du hit de son père en 1960, le Ooh Poo Pah Doo Bar s’est ouvert en 2013. Ce chaleureux petit bar musical jouissait d’une atmosphère détendue et accueillante, on y servait des plats faits maison, les amis et membres de la famille y passaient avec de la super musique live. Des posters de son père sur scène avec Allen Toussaint, Irma Thomas, Fats Domino et les autres au Dew Drop Inn ainsi que des portraits de ses neveux décoraient les murs.

Le bar était aussi fréquenté par le Big Chief Kevin Goodman des Indiens de Mardi Gras Flaming Arrow et du club Ole & Nu Style Social Aid and Pleasure Club. Ces groupes jouent dans diverses parades de second line, les fêtes, les cérémonies souvenirs et d’autres événements communautaires dans le quartier de Treme.

La réputation du Ooh Poo Pah Doo bar, transmise par le bouche à oreille et différents sites de voyage, a rapidement séduit et réuni beaucoup de gens d’horizons différents. Les amateurs de musique du monde entier en pèlerinage au berceau du jazz venait au bar pour voir des musiciens emblématiques de la Nouvelle-Orléans y faire un bœuf comme si c’était une soirée privée. Avec son atmosphère cool et les musiciens qui tournaient sur scène, on s’y sentait comme chez soi, c’est sûr. Toutefois, ce n’était pas du tout ce à quoi s’attendait Judy.

« Quand j’ai ouvert pour la première fois, je ne pensais pas que des blancs y viendraient. Vraiment pas, et parfois je m’étonnais certains soirs…mais, il y a plus de blancs que de noirs !!! »

Elle chantait presque tous les soirs en solo ou bien accompagnée de Big Chief Alfred Doucette, James Andrews, Guitar Slim, Jr et Box Fontenot ou quiconque se trouvant au bar ce soir là. Elle se produit également dans d’autres festivals et événements dans toute la ville. « J’adorais ça. J’accueillais tout le monde. Quand j’ai ouvert ce bar, ce n’a pas été pour l’argent. Vraiment pas, ce n’était pas le but. J’ai ouvert ce bar pour nous tous. Pour vous, pour moi, pour les touristes. Tout le monde. Tous ceux qui ont une âme. Pour écouter de la bonne musique, s’asseoir comme aujourd’hui et se raconter des histoires. »

Ses talents d’hôtesse lui ont été transmis par sa mère. Tout ceux qui ont été au Ooh Poo Pah Doo connaissaient Madame Dorothy Hill, une dame énergique et chaleureuse, habitant dans le coin, accueillant chez elle musiciens de passage tout en servant de bons petits plats.

Musique, cuisine, histoire familiale, Indiens de Mardi Gras…. Le Ooh Poo Pah Doo bar avait gagné le cœur des gens par son sens de l’accueil et du partage. Mais en avril 2017, le bar adoré a du fermer ses portes. Si le propriétaire invoque des problèmes de versements de loyer, Judy quand à elle, insiste sur le fait qu’elle a été chassée du quartier en raison de la gentrification.

Dans « What You Gonna Do When the World’s On Fire? », un film très attendu dirigé par Roberto Minervini, examine la riche culture de New-Orleans, et prend pour exemple des petits bijoux locaux comme le Ooh Poo Pah Doo bar, constamment mis à mal par la discrimination et la gentrification.


What You Gonna Do When the World’s On Fire?

La première du film a eu lieu au prestigieux Festival du Film de Venise le 1er septembre et Judy était surexcitée de partir en Italie pour la première fois.


Judy Hill for Offbeat Magazin


N’hésitez pas à parcourir en plus de cette chroniques le blog de Nathalie :
laventurelouisianaise.blogspot.com/2018/09/welcome-to-my-new-world.html


Crédits Photos : OffBeat Magazine, Time Magazine, Nathalie Jacomet