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French Quarter Festival, Stéphane Colin nous livre ses impressions avant embarquement, entre nostalgie, couleurs épicées et moiteur new-orléanaise. Across the border.

« La course folle pour ne pas louper l’avion. Des foulées d’hébétude, une hôtesse qui dit : “désolée on a fermé”
On insiste en se maudissant d’avoir flâné de trop et finalement la porte du cockpit qui s’ouvre.

Les souvenirs des années passées affluent en vrac au rythme d’une accélération cardiaque avec une senteur de sueurs froides et un reliquat de souffle court : « J’veux aller à New-Orleans, j’ai déjà mon ticket à la main », une chanson de Benoit Blue Boy en filigrane récurent pour relancer la mémoire…Près de quarante ans que la litanie fait régulièrement son tour de cerveau….

Des souvenirs qui voyagent au gré du moment grossissant d’un coup pour mieux s’évanouir l’instant d’après.
Je ne me rappelais plus vraiment avoir vu, en 1990, le pianiste Champion Jack Dupree célébrer son retour dans sa ville natale au terme d’un furieux quatre mains avec Allen Toussaint.

Le film de la prestation, récemment ressorti sur le net, le retrouve tout aussi émouvant et tendre que le direct initial. Champion Jack au Jazz Fest qui flotte sur le tempo, se lève du piano, se met à danser avec grâce et gourmandise.

Une mémoire à nouveau colorisée, pour mieux ouvrir la boîte à chaussures et son stock de vieilles pellicules. La photo d’Allen Toussaint devant sa rolls le même jour, la ballade dans les allées avec un Ali Farkou Touré de gala et de faconde, Aaron Neville chantant en frisson de falsetto une Mona Lisa avec le seul soutien du piano d’Amassa Miller, les flashs crépitent dans la tête au rythme d’une tente gospel prise d’assaut par la communauté afro-américaine, le tout dans une ambiance de transe avec ambulances pour évacuer le surplus d’énergie généré par les Mighty Chariots of Fire.

Le Jazz Fest de ces années là était déjà conséquent mais sans commune mesure avec la grosse machinerie qu’il est devenu depuis. Il y flottait encore cet air délié, innocent, proche de la musique de la ville que l’on peut retrouver dans un French Quarter Festival qui a fait de l’attachement à son territoire originel, une de ses plus fières batailles.

Dans quelques jours, Cyril Neville, Bonerama, Lost Bayou Ramblers, les Galactic avec Erica Fall, John Gros et son Nouvel Orchestre, Big Chief Juan Pardo, Wendell Brunious, Don Vappie et bien d’autres seront en Boardwalk au bord du Mississippi ou plus au fond du Quartier Français.

L’air y sera doux ou irrespirable, le soleil brillera au firmament ou l’orage balayera une ou deux scènes, on n’en sait rien. Plus qu’ailleurs, l’incertitude fera partie du décor donnant le tempo aux Brass Band, agitant les tambourins des Mardi Gras Indians ou acutisant les rythmes vaudous. Une seule chose de sûre pour le moment. La parade d’ouverture débutera à 10 h jeudi matin sur Bourbon Street. »


French Quarter Festival 2019 – WWLTV

Crédit Photo : Bond Moroch