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Après une parenthèse new-orléanaise, le temps du retour est venu ! En partenariat avec ABS Magazine, Stéphane Colin nous entraine dans les rues de NOLA

« À Nathalie,

Last chance for beignets

Le dernier panneau avant la douane de l’aéroport. Louis Armstrong vaut son pesant de nostalgie. L’amertume sans sucre glace.
On retourne en France après une dizaine bien remplie, intense, trop brève.
Encore une fois le French Quarter Festival nous a happé, trimbalé d’un coin à l’autre de la ville.
Il y là quelque chose d’incroyablement attachant.

Un vaisseau caraïbe soudé par accident au continent américain qui s’ébroue, se raidit et s’embrume au gré des intempéries. Un orage ici est comme une tempête chez nous: les maisons en bois qui volent pour se reconstruire de bric et de broc à la première éclaircie. Une musique vivante qui profite du Disneyland ambiant pour se régénérer dans la fausse euphorie de Bourbon Street. Derrière le piège à congressistes, la création est permanente; sous les pavés de Decatur Street, la plage à la haute ambition créatrice. La communauté musicale, dense, riche et solidaire se régénère à la vitesse du vent de l’ouragan.

On reste pantois de voir un talent comme celui de Alicia « Blue Eyes » Renée s’ébrouer à même le bitume sur Royal Street dès la matinale. Un iPhone en orchestre d’accompagnement pour une paresse vocale à la Billie….Une grâce de l’instant adoptée d’emblée par le batteur Shanon Powell et le piano de David Torkanowski

Il y a quelques années, le slameur Chuck Perkins nous avait présenté la chanteuse Erica Fall (1).
Une tournée MNOP et quelques aventures plus tard, on la retrouve en vocaliste vedette des Galactic.

Dire que le groupe du batteur de Stanton Moore a assuré la succession du premier chanteur Thierryl DeClouet frôle l’euphémisme tant la présence, l’abattage et la prégnance d’Erica entraînent l’ensemble (2).

Un groupe qui se nourrit du son de la ville où l’on retrouve le trompettiste Shamarr Allen tout aussi intéressant là que dans un disque personnel (3) corroborant l’évolution des musiques de la ville. Brass Band, Funk, Hip Hop, Bounce, tout s’entremêle pour prolonger l’existant.

Le tromboniste Corey Henry (4) qui complète la section de cuivres des Galactic clôturera le samedi du FQF avec un groupe à nul autre pareil. Un moment rare où tout le quartier de Trèmé semble s’être donné rendez vous sur scène. L’impeccable Marshall donne la cadence.

Un pas de danse ébrieux pour marquer le temps au dernier moment dans un étirement maximum. La chanteuse incantatoire en mode Marwa Whitney et Big CHief Juan Pardo qui transcende le chant traditionnel des Mardi Gras Indians paraissent tout aussi à l’aise là que s’ils se trouvaient en « practice » au feu Ooh poo pah doo Bar. (5) Une cohésion d’ensemble qui fait du Treme Funktet un de ces groupes locaux dont la non programmation au delà de l’état de Louisiane reste un franc mystère.

Un peu plus de popularité pour le Swamp Funk de Cyril Neville mais tout juste.
Le très sérieux client qu’est le trompettiste Mario Abney installé le groove en dansant dans un coin de scène. Sur le devant, Cyril, cadet de la célèbre fratrie des Neville Brothers, réanime un style personnel fait de funk local et de réminiscences Caraïbes.

Plus de 70 années au compteur pour l’ancien membre des Meters et toujours la même énergie. Tambourin frappé avec rage et voix intacte au devant d’un orchestre qui double tout autant les guitares que les basses. Comme chez les Dumpstaphunk d’Ian et d’Ivan Neville, les deux basses jouant à l’unisson paraissent sortir d’un tuba à géométrie variable.

On danse sous le soleil et l’instant d’après on tient le choc en pleine tempête.
Le guitariste Carl Leblanc (6) en douceur devant le New Birth Brass Band ou les Soul Rebels en fureur hip hop, la météo musicale locale est à même d’effectuer sa variable d’ajustement d’un déchaînement cuivré à une mélopée tout juste susurrée.

Une danse de la second Line en prolongement de l’hymne formelle du dimanche matin dans l’église Saint Jude (Sur Rampart Street à 100 m de Congo Square ou des studios de Cossimo Matassa, les tambours vaudous peuvent se mélanger au Rythm and blues des années 50 ou à la voix d’ange d’Aaron Neville :

It was the baskets and the beads
Hangin’ from those balconnies
It was them flowers and them flags
It was the Fleure de Lis !
And it was you It was you’d take my heart
/

À l’aéroport Louis Armstrong, on repense aux paroles de New Orleans issu du dernier disque de Sarah McCoy (7). Ode à ville fréquentée jusqu’à plus soif…
Plus tard, quand l’avion décollera, les ritournelles de la fille à la tête de Ugly Dog reviendront lancinantes, de plus en plus prégnantes. Un chant d’amour foutraque pour Big Easy.
Une boucle attachée à l’instant. Fasten Seat Belt… on peut décoller… »


(1) Erica Fall: Home Grown (Louisiana RED Hot Records 2018)
(2) Galactic dernier disque chroniqué dans abs précédent
(3) Shamarr Allen: True Orleans (Pome Records 2018)
(4) Corey Henry: Lapeithia ( Louisiana RED Hot Records 2016). Terrib
(5) L’ exceptionnel film documentaire du réalisateur italien Roberto Minervi « What You Gonna do when the World’s on Fire? » traite, entre autre, de la fin du Ooh Poo Pah Doo Bar tenu par la fille de Jessie Hill victime de la gentrification du quartier Trèmé
(6) Carl Leblanc voir chronique Tornade Leblanc sur mnop.fr et retrouver l’album de 2008 Carl Leblanc New Orleans’s 7th Ward Griot ( Préservation Hall Records)
(7) Sarah Mc Coy : Blood Siren (Blue Note 2019).

Stéphane Colin



Crédits Photos : Tui.