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L'Aventure Lousiane

Tout au long de cette année, nous allons suivre les tribulations de Nathalie, bénévole MNOP, partie durant quelques mois à la Nouvelle-Orléans. Au travers de ses mots, Natalie nous offre un témoignage sincère et réel de NOLA.

« Standing alone shadowed by the great plantation-Lazy muddy Mississippi
wanders by Eyes locked in a gaze-under her mighty oaks
Nostalgia from ages ago
now imprinted on her soul…
 »

Oak Alley Plantation, poem by Robin Bennett.

25 – Les plantations Oak Alley, Laura et Evergreen

«08 février 2019,

À environ une heure de route de La Nouvelle-Orléans, sur la Great River Road le long du Mississippi, à Vacherie, c’est là que l’on trouve les anciennes plantations de canne à sucre qui ont fait la richesse des colons, de sang français et canadien pour certains, dès les années 1780 en Louisiane.

Oak Alley

La plus connue est Oak Alley, qui fut le décor de plusieurs films comme « Entretien avec un vampire », avec sa majestueuse allée de magnifiques chênes tricentenaires d’une envergure de 50 mètres menant au bâtiment blanc à un étage de style grec avec ses colonnes. Cette demeure « antebellum », c’est-à-dire datant d’avant la guerre de sécession fut achetée en 1836 par Jacques Telesphore Roman, frère du gouverneur de la Louisiane André Bienvenu Roman.

La plantation est déjà composée de 57 esclaves qui travaillent aux champs. La même année, Jacques en fait venir 49 de plus, portant à 109 le nombre de ses esclaves. Le quartier des esclaves est ainsi composé de 20 maisonnettes divisées en 2 et pouvant accueillir dans chaque partie 2 à 5 personnes.

Jacques Roman mourut en 1848, emporté par la tuberculose. Son épouse prit la direction de l’exploitation mais, inexpérimentée et dépensière, sans grand succès.

L’abolition de l’esclavage, successive à la Guerre Civile (1861-1865) signa la fin de la plantation, laquelle fut vendue aux enchères, à perte, en 1866. Les propriétaires successifs ne purent faire face aux frais d’entretien d’une telle demeure et laissèrent maison et jardins à l’abandon.

En 1925, c’est un bâtiment en très mauvaise condition que rachetèrent Andrew et Joséphine Stewart, derniers propriétaires en date d’Oak Alley. Leur projet était d’entreprendre la rénovation de la maison et d’en faire une fondation ouverte au public.

Par chance, la maison n’avait pas souffert durant la Guerre et la structure était demeurée intacte. Joséphine et Andrew vécurent à Oak Alley et consacrèrent leur vie à la remise en état de la propriété. Joséphine vécut 26 ans de plus que son mari et, peu avant de mourir en 1972, elle créa la fondation qui allait assurer la survie de la propriété.

La visite guidée de la plantation permet d’avoir beaucoup de détails sur la vie des habitants et se conclut à l’extérieur où l’on peut siroter un « Mint Julep », cocktail typique du sud à base de citron et de menthe pour la version « virgin », et de bourbon, pour la version alcoolisée, en se promenant dans les jardins.

Laura

À deux pas, on trouve une autre plantation, créole celle-ci, jolie bâtisse colorée, la plantation Laura. L’architecture est typiquement créole avec le toit rouge, les murs jaunes et les poutres en cyprès ; sa surélévation lui permettait de rester à l’abri des inondations vue la proximité du Mississippi.

En 1936, Laura Locoul Gore acheva le récit de 100 ans sur cette plantation de canne à sucre nommée en son honneur. Son manuscrit, trouvé en 1993 raconte la vie quotidienne et les évènements importants des habitants, aussi bien libres qu’esclaves, sur la plantation.

Couvrant quatre générations d’amours et de cupidités, d’héroïsme et de mesquineries, de fiertés et de trahisons, de violences et d’excès, c’est l’histoire écrite par Laura pour expliquer à ses enfants pourquoi, dès sa jeunesse, elle a rejeté les cadres familiaux traditionnels du monde créole. La famille de Laura, de sang français et canadien, partageait une histoire et un système de valeurs plus proches de ceux des esclaves et des métayers de leur plantation, que de ceux des planteurs anglo-saxons.

Dans les années 1780, lorsqu’en Louisiane, une économie des plantations commença à prendre le pas sur l’agriculture vivrière, le réseau des familles créoles jouait déjà un rôle directeur dans l’économie, la société et la politique de l’Etat.

Lorsque l’arrière-grand-père de Laura, Guillaume Duparc, avec son épouse Nanette Prud’homme, prit la tête de la plantation familiale en 1808, il existait déjà depuis longtemps une tradition toute créole de femmes propriétaires et gérantes de plantations. La grand-mère de Laura suivit cette tradition elle aussi en dirigeant la plantation pendant 47 années. Laura, fut chargée, comme toute fille aînée, de recueillir et de préserver l’histoire de la famille, les photographies, l’héritage familial afin de les transmettre à la génération suivante. Cet ouvrage est fascinant et raconte une époque révolue de la Louisiane.

J’ai fait la visite guidée de la plantation, très intéressante avec bon nombre d’anecdotes, et très émouvante pour la partie avec les quartiers des esclaves qui étaient enchaînés pendant la nuit.

Evergreen

Très bien préservée, Evergreen demeure l’une des plus intactes plantations de canne à sucre du sud des États-Unis. La maison principale de style créole s’est parée à la mode Greek revival en 1832 suite aux travaux de rénovation lors du rachat de la ferme des Heidel par Pierre Becnel, inspiré par le style américain des bâtisses néo-orléanaises.

Devenue plantation, on y visite un parterre façon jardin à la française, des garçonnières et pigeonniers, des commodités Renaissance grecque, la maison des esclaves, la cuisine et une allée de 82 chênes vieux de deux cents ans, bordée de 22 cabines d’esclaves (deux familles par cabine de 20 mètres carrés) qui furent occupées jusqu’en 1947.

C’est cette allée qui a fait rêver pas mal de réalisateurs dont ceux de « Django Unchained », « Twelve Years a Slave » et « True Detective » qui sont venus tourner ici. »



N’hésitez pas à parcourir en plus de cette chronique le blog de Nathalie :
laventurelouisianaise.blogspot.com/2018/09/welcome-to-my-new-world.html


Crédits Photos : Oak Alley Plantation, Room With No View, 4 Coins du Monde, The Cultural Landscape Foundation, Plantation Parade, Video Blocks, Flickr