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L'Aventure Lousiane

Tout au long de cette année, nous allons suivre les tribulations de Nathalie, bénévole MNOP, partie durant quelques mois à la Nouvelle-Orléans. Au travers de ses mots, Natalie nous offre un témoignage sincère et réel de NOLA.

29 – La famille Marsalis

« 12 Mars 2019,

Les familles de jazz multi-générationnelles étaient nombreuses autrefois à la Nouvelle-Orléans. Puis le jazz évolua pour incorporer de nouvelles formes et techniques et attirer des musiciens et un public, venus de tous les États-Unis et du monde entier. C’est donc bien à propos que ces deux dernières décennies, une nouvelle vague d’intérêt et d’appréciation pour la musique jazz fut menée par une famille de la Nouvelle-Orléans : les Marsalis. Le père Ellis, dans le rôle du mentor, les frères ainés Brancard et Wynton, leaders d’une nouvelle génération et les plus jeunes, Delfeayo et Jason, les étoiles montantes. Le clan Marsalis a été acclamé suite aux enregistrements, aux spectacles, aux compositions et aux efforts éducatifs de ses membres.

Le pianiste Ellis Marsalis est né le 13 novembre 1934. Diplômé de l’université Dillard et servant dans les Marines, il choisit de poursuivre une carrière en tant que musicien de jazz moderne à la Nouvelle-Orléans, une ville où virtuellement toute l’attention est focalisée vers des styles plus populaires et plus traditionnels. En tant que membre fondateur de l’American Jazz Quintet, Ellis et ses contemporains tout aussi visionnaires, dont le clarinettiste Alvin Batiste, le saxophoniste Harold Battiste et le batteur Edward Blackwell ont ouvert de nouvelles voies pour le jazz à la Nouvelle-Orléans dans les années 1950.

En même temps, et durant le quart de siècle qui suivit, afin de nourrir sa famille, Ellis prit des petits boulots plus commerciaux, comme par exemple diriger le groupe de la maison au Playboy Club, travailler dans le combo du trompettiste Al Hirt et enseigner la musique. En 1974, il devint Directeur des Etudes de jazz au New-Orleans Center for Creative Arts (NOCCA), une école pour les arts qui attirait de talentueux jeunes musiciens de toute la ville. Parmi les étudiants qui bénéficièrent de l’enseignement d’Ellis, figurent Terence Blanchard, Harry Connick Jr, Donald Harrison et Nicholas Payton, ainsi que ses propres enfants. Lorsque ses fils réussirent dans les années 80, le monde finit par découvrir sur le tard les talents d’Ellis comme musicien et enseignant. Il commença à enregistrer, le plus souvent dans un contexte de trio, et étendit son enseignement. C’est lors d’un concert marquant sa retraite d’un poste en faculté à l’Université de la Nouvelle-Orléans, qu’Ellis Marsalis and Sons donnèrent leur premier spectacle public.

Le saxophoniste Branford Marsalis, l’aîné des six fils d’Ellis et Dolores Marsalis, est né le 26 août 1960. Il étudia au NOCCA et au Berklee College de Boston avant de quitter l’école pour partir en tournée avec les big bands d’Art Blakey, Lionel Hampton et Clark Terry. Après un bref moment passé avec les légendaires Jazz Messengers de Blakey en 1981, groupe dans lequel son frère Wynton occupait déjà le poste de trompettiste, Branford rejoignit le quintet original de Wynton et y resta pendant trois ans, période pendant laquelle il partit aussi en tournée et enregistra avec Miles Davis et Herbie Hancock.

Branford sortit son premier enregistrement en tant que leader en 1984 et organisa son propre quartet en 1986. Le plus éclectique des Marsalis, Branford joua avec Sting et The Grateful Dead, servit de directeur musical pour The Tonight Show avec Jay Leno, dirigea le groupe électrique influencé par le hip-hop, Buckshot LeFonque, et collabora avec des orchestres classiques et des ensembles de chambre. Il enseigna aussi au Michigan State University et enseigne actuellement au San Francisco State. Parallèlement à ces activités diverses, Branford conserva son quartet qui continue à jouer dans le monde entier. Après presque deux décennies passées comme artiste du label Columbia, il lança son propre label Marsalis Music et en août 2002, sortit Footsteps of Our Fathers, son hommage à Ornette Coleman, Sonny Rollins, John Coltrane et The Moderne Jazz Quartet.

Le trompettiste Wynton Marsalis, né le 18 octobre 1961 est devenu le musicien de jazz d’influence le plus récompensé de sa génération. Avec un talent reconnu dès sa jeunesse à la fois dans le jazz et le classique, Wynton poursuivit ses études après ses années au NOCCA à Tanglewood et Julliard, quittant ce dernier en 1981 pour partir en tournée avec les Jazz Messengers d’Art Blakey et Herbie Hancock. La même année, il forma son premier groupe, avec son frère Branford. Parmi d’autres petits groupes subséquents, sous le leadership de Wynton, figurent un quartet avec le pianiste Marcus Roberts, et un septet qui tourna en 2001. Dans les années 1990, Wynton consacra la plupart de son temps au jazz au Lincoln Center, où il occupa le poste de Directeur artistique depuis la fondation du programme en 1987, et où il dirigea l’orchestre de jazz du Lincoln Center lors de tournées nationales et internationales cette dernière décennie. Wynton a aussi été récompensé comme compositeur et en 1997, il devint le premier artiste de jazz à recevoir un prix Pulitzer pour l’ensemble de son oeuvre Blood on the Fields. C’est aussi un enseignant tout aussi impliqué qu’infatigable et il eut un formidable impact avec ses séries NPR Making the Music et ses séries PBS Marsalis on Music, ainsi que par d’innombrables ateliers qu’il dirigea dans le monde entier. Ses performances jazz et classique, et celles de l’orchestre jazz du Lincoln Center ont été largement documentées sur les enregistrements Columbia. Wynton est venu jouer avec Ibrahim Maalouf au Festival Jazz in Marciac en France l’été dernier dont il est devenu le parrain.

Delfeayo Marsalis, né le 28 juillet 1965, eut un impact comme tromboniste et producteur d’enregistrements. Quand il était au Berklee College, il consacra la plus grande partie de ses études à la production de studio et produisit bientôt des albums pour son père et ses frères, ainsi que des artistes comme Terence Blanchard, Harry Connick Jr, Mingus Dynasty, Courteney Pine, Marcus Roberts et Jeff « Tain » Watts. Son trombone fut entendu de la façon la plus proéminente avec Jazz Machine d’Elvin Jones, la légende de la batterie, ainsi que des enregistrements par Ruth Brown, Wycliffe Gordon, Al Grey et Donald Harrison et ses propres efforts pour les labels Novus et Evidence.  Ces dernières années, Delfeayo a étendu ses intérêts au théâtre et a fondé une compagnie théâtrale à la Nouvelle-Orléans.

Son père et ses frères vous diront que le batteur Jason Marsalis, né le 4 mars 1977, est le membre talentueux le plus précoce de la famille. Jason a été éduqué par son père au NOCCA et sur scène dans le groupe Ellis’ Trio dont il est membre depuis une dizaine d’années. Parmi d’autres associations importantes pour Jason, figurent son rôle proéminent dans le trio de Marcus Roberts et ses efforts en tant que membre fondateur de Los Hombres Calientes.

Jason dirige actuellement son propre groupe qui a enregistré deux albums pour le label Basin Street Jazz. Il joua avec Marcus Robert et l’orchestre symphonique de Bordeaux Aquitaine au Palio de Boulazac en 2015 lors du Festival MNOP, et il prit les maillets du vibraphone pour accompagner Tricia « Teddy » Boutté à la Plaine de Lamoura en 2017.

La famille Marsalis – The Marsalis Family : A Jazz Celebration

Les membres de la famille de jazz la plus acclamée de la cité du Croissant menée par le patriarche, Ellis Marsalis, ont enregistré ensemble pour la première fois. Ce qui est peut-être l’affaire de famille la plus attendue avec impatience dans l’histoire du jazz, The Marsalis Family: A Jazz Celebration, est sorti sur Marsalis Music le 4 février 2003. On trouve sur l’album toute la musique des Marsalis ; le père Ellis au piano et les frères Branford (saxophones ténor et soprano), Wynton (trompette), Delfeayo (trombone) et Jason (batterie) –avec le bassiste Roland Guerin et un invité spécial, Harry Connick Jr.

Avec les années, de nombreuses tentatives ont été faites pour réunir cette illustre famille. Ce n’est que le 4 août 2001 que les agendas et l’alignement de toutes les stars ont permis aux Marsalis de joindre leurs forces sur une seule scène. L’opportunité fut donnée par un concert marquant la retraite d’Ellis de ses devoirs d’enseignant à l’Université de la Nouvelle-Orléans et l’établissement par l’école d’une chaire en son nom. Devant une salle comble à la Kiefer UNO Lakefront Arena, les membres de la famille Marsalis étaient si inspirés par la présence des autres que, comme Delfeayo le décrit: « la performance a reflété notre famille collectivement et individuellement. »

Le centre de l’attention est Ellis, le brillant pianiste, compositeur et enseignant qui a produit à la fois une famille de géants du jazz et par son exemple et son enseignement plusieurs générations de jeunes artistes… Mais Ellis n’est pas le seul membre de la famille à briller dans The Marsalis Family: A Jazz Celebration. Jason, son plus jeune fils donne un soutien sympathique constant aux percussions, se mettant en avant avec un subtil solo de batterie lyrique sur le morceau du trio « The Surrey with the Fringe on Top ». Le trombone de Delfeayo y figure dans un léger clin d’oeil à Duke Ellington et le tromboniste d’Ellington, Tyree Glenn sur « Sultry Serenade ».

Branford et Wynton transforment le blues « Cain and Abel » en une savoureuse invention surchauffée en deux parties. Et les quatre frères, plus le bassiste pilier Roland Guerin, rejoignent leur père sur quatre morceaux, y compris un hommage à Louis Armstrong sur « Struttin’ with Some Barbecue ». Une célébrité participe au concert et figure sur le CD, il s’agit de l’un des plus illustres étudiants d’Ellis : Harry Connick, Jr. Il joue « St. James Infirmary » avec le tromboniste Lucien Barbarin et Ellis et ses fils pour le morceau plein d’esprit « Twelve’s It. »

Branford Marsalis résume tous les résultats en notant que « Tout le monde est venu jouer de la musique du mieux qu’ils pouvaient. » Les résultats inspirés, swinguant parfois férocement ou profondément lyriques, confirment que la compagnie et l’occasion ont permis à chaque membre de la famille de s’élever à de nouveaux niveaux d’éloquence.

The Marsalis Family – Music Redeems

Le 24 août 2010, Marsalis Music et Redeye Distribution ont sorti un nouvel album rare de l’emblématique Famille Marsalis de la Nouvelle-Orléans, récemment honorée par le National Endowment for the Arts avec la récompense Jazz Masters Award Fellowship en 2011

Toutes les recettes générées par le projet viendront soutenir directement la programmation pour le centre Ellis Marsalis for Music, un centre d’enseignement au cœur de la communauté du Village des Musiciens de la Nouvelle-Orléans, conçu en 2005 par Branford Marsalis et Harry Connick Jr, en partenariat avec New-Orleans Habitat for Humanity, suite à l’ouragan Katrina. Pour l’une des plus célèbres familles du jazz multi-générationelles de la Nouvelle-Orléans, le clan Marsalis, il est extraordinairement rare de se réunir à un seul et même endroit. Toutefois, à l’approche de la fête des pères en 2009, la famille s’est réunie au Kennedy Center de Washington DC pour honorer son patriarche, Ellis Marsalis, qui reçut la récompense Duke Ellington Jazz Festival’s Lifetime Achievement Award.

Avec ses fils Branford aux saxophones, Wynton à la trompette, Delfeayo au trombone, Jason à la batterie, le poète Ellis III récitant une œuvre écrite spécialement pour son père pour l’occasion et des invités spéciaux, Dr Billy Taylor et l’ami de la famille Harry Connick Jr., Ellis a inspiré une soirée de performances enjouées, ponctuées par des histoires de la famille et des anecdotes sur le fait de grandir à la Nouvelle-Orléans. »


Ellis Marsalis at The New Orleans Jazz & Heritage Center


N’hésitez pas à parcourir en plus de cette chronique le blog de Nathalie :
laventurelouisianaise.blogspot.com/2018/09/welcome-to-my-new-world.html


Crédits Photos : rvi.biz, NPR.