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L'Aventure Lousiane

Tout au long de cette année, nous allons suivre les tribulations de Nathalie, bénévole MNOP, partie durant quelques mois à la Nouvelle-Orléans. Au travers de ses mots, Natalie nous offre un témoignage sincère et réel de NOLA.

34 – Trombone Shorty

« 20 avril 2019,

Bien qu’il soit l’une des stars les plus brillantes de la scène jazz contemporaine de la Nouvelle-Orléans, Trombone Shorty puise dans l’histoire bien remplie de son héritage de la Cité du Croissant quand il atterrit à Manchester, Angleterre le 15 mars pour commencer sa tournée européenne 2019 très attendue.

Au départ de Manchester, son itinéraire de 11 dates l’emmène à Londres pour traverser ensuite la Manche jusqu’en Belgique (Bruxelles), en Allemagne (Francfort), aux Pays Bas (Amsterdam) et en France (Paris) avant un bref arrêt au retour en Allemagne (Berlin). Suivent ensuite des dates en Pologne (Varsovie), en Suisse (Zurich) et en Italie (Milan) avant un dernier concert le vendredi 29 mars à Barcelone, Espagne. Pour ceux qui ont envie d’un jazz hot mené au trombone servi avec une ferveur de Mardi Gras style Nouvelle-Orléans, alors voir Shorty, qui est un showman charismatique en chair et en os, est une opportunité à ne pas manquer.

« Aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours joué un certain type de musique ». En parlant à Discover Music la veille de la tournée, ce joueur de trombone sensationnel, couvert de décorations et toujours affable, né Troy Andrews et élevé au cœur de la Louisiane, dans un quartier de la Nouvelle-Orléans appelé Tremé, révèle qu’il a grandi dans une famille profondément marquée par la musique, dans laquelle tout le monde jouait d’un instrument. « Aussi loin que je me souvienne, dans mes plus tendres souvenirs, je jouais un certain type de musique ou je faisais certains types de bruits », dit-il.

On l’a surnommé Trombone Shorty quand il avait tout juste quatre ans et qu’il faisait ses débuts dans une fanfare. « Tout le monde à la Nouvelle-Orléans a un surnom », explique-t-il. « Et comme j’étais si petit à l’époque, et le trombone, qui était au moins 60 cm plus grand que moi, était si grand, que c’est comme ça que cela m’a valu ce surnom. »

Mais il ne se souvient pas vraiment comment il a commencé à jouer du trombone, et il admet, en riant, que ce n’était pas l’un des instruments les plus branchés ni glamour. Ce n’a pas non plus été le coup de foudre. « Je ne sais pas si j’avais vraiment choisi ou pas » confesse-t-il. « Je pense qu’on me l’a juste mis dans la main et bien sûr avec le temps, c’est devenu naturel et quelque chose que j’aimais étant jeune. »

Le fait que Trombone Shorty ait un frère plus âgé comme référence et auquel se mesurer, son frère, le trompettiste James andrews, qui n’était jamais loin, a beaucoup aidé. « À la Nouvelle- Orléans, il y a toujours un duo trompette et trombone, et je pense que j’étais l’acolyte de mon frère. J’ai joué à des enterrements jazz à la Nouvelle-Orléans et je marchais avec mon trombone aux côtés de mon frère en essayant d’imiter ce que j’entendais. Je n’avais personne pour me montrer, alors j’ai appris à l’oreille. »

Étonnamment, Shorty joua son premier concert payant à l’âge de quatre ans (« J’ai mis l’argent dans une petite boîte à chaussures pour économiser afin d’acheter des CD ») et il s’est rapidement épanoui en enfant prodige. « À l’âge de sept ans, j’avais ma propre fanfare et je jouais dans le quartier avec mes frères », se rappelle-t-il. « À partir de là, j’ai commencé à voyager à l’étranger chaque été en jouant dans différents festivals et ensuite, plus âgé, j’ai pu commencer à y jouer avec mon propre groupe. »

Vue son expérience substantielle et le fait qu’un jeune homme comme lui ait énormément voyagé, Trombone Shorty ne se laisse pas impressionner lorsqu’il joue devant des milliers d’européens.

Certains des morceaux qu’il jouera seront tirés de son dernier album, nommé aux Grammy 2017 Parking Lot Symphony, qui ont été produits pour la première fois par le label de jazz emblématique, Blue Note. « J’aimais ce qu’ils faisaient chez Blue Note, certains de mes amis avaient signé chez eux, et la façon dont ils dirigeaient toute la société », dit Shorty de son passage de Verve au label à présent dirigé par Don Was

« Don Was m’a accueilli les bras ouvert », se rappelle Shorty. « Il était déjà fan et je voulais travailler avec lui d’une certaine manière et cela a fonctionné. C’est vraiment un type cool. J’entrais dans son bureau et il écoutait de la musique en ayant enlevé ses chaussures et je pensais, c’est comme çà que cela doit être. »

Parking Lot Symphony est un potpourri étourdissant de différents styles ; un espace sonique unique où l’ancien rencontre le nouveau et le son traditionnel du jazz de la Nouvelle-Orléans se juxtapose au funk, R&B, hip-hop, pop et rock. Trombone Shorty dit que sa musique à plusieurs tonalités reflète le melting pot culturel qui définit sa ville natale : « À la Nouvelle-Orléans, la musique a plusieurs sous-genres. J’ai eu beaucoup de chance de jouer avec M. Allen Toussaint et Dr John, qui avaient un style différent de R&B New-Orleans. Et j’ai ensuite passé du temps avec les Neville Brothers et leur style de musique de New-Orleans. Et ensuite, quand j’étais très jeune, j’ai pu travailler avec les rappeurs, Money Fresh et Juvenile de Cash Money Records. Et, bien sûr, j’ai joué avec des musiciens de jazz dans les rues. J’étais donc exposé à beaucoup de musiques différentes. »

Quand Shorty grandissait, chez lui, il entendait Ray Charles et Earth, Wind & Fire, puis son frère l’a initié au hip-hop. « Grâce à lui, j’ai entendu la musique de Snoop Dogg quand j’étais plus jeune et il m’a expliqué comment Dr Dre samplait le groupe Funkadelic/George Clinton’s Parliament. »

Alors qu’il liait le funk et le hip-hop, le rock a aussi eu un impact sur le jeune Troy Andrews. « J’ai toujours écouté Nine Inch Nails et Jimi Hendrix et quand j’ai été diplômé de la high school, j’ai reçu un appel de Lenny Kravitz pour rejoindre son groupe », dit-il. « J’avais 18 ans et j’ai joué avec lui pendant quelques années. J’ai appris beaucoup en jouant dans des concerts avec lui. »

Plus récemment, la musique de Trombone Shorty a été exposée à un public plus large lors de tournées avec des stars du rock US comme Red Hot Chili Peppers et Foo Fighters. « C’était vraiment incroyable que ces groupes m’invitent à partir en tournée avec eux et de pouvoir jouer dans ces arenas devant les foules du rock. J’ai grandi en écoutant ces gars sur MTV et pour nous, faire leur première partie dans de grandes arenas, c’était un rêve devenu réalité. »

Diplômé du reconnu New-Orleans Center For Creative Arts (NOCCA), où Harry Connick, Terence Blanchard et Wynton Marsalis ont tous étudié, Shorty pense que son action fait partie de l’unique héritage de New-Orleans de transmettre ces connaissances et informations aux générations suivantes et d’aider à conserver une musique vivante tout en préservant ses racines. « C’est vraiment important pour moi car il y a une tradition dont on ne parle pas à New-Orleans, beaucoup de gens transmettent ces connaissances », dit-il. Shorty lui même dit qu’il a bénéficié des connaissances transmises et que c’est ce qui a déclenché son entreprise d’enseignement altruiste. « Beaucoup de gens m’ont enseigné sur le tas dans la rue et ils m’ont transmis ces connaissances naturellement », dit-il. « Ils ont vu que j’essayais de faire quelque chose et m’ont montré ce que j’essayais de faire. Cela a eu beaucoup d’influence sur moi tout au long de ma vie et même encore aujourd’hui, certains des plus anciens musiciens que je vois, viennent encore et m’apprennent des choses. J’ai juste pensé qu’il me revenait de faire la même chose pour la prochaine génération. »

Pour Trombone Shorty, créer une fondation n’était pas un projet vaniteux destiné à répondre au besoin de nourrir son égo. Cela avait pour origine une conviction sincère non seulement d’honorer ceux qui étaient là avant lui et qui l’ont aidé mais aussi d’investir dans le futur musical de la ville. « C’est déjà dans ma personnalité et intégré par les gens qui m’ont donné », déclare-t-il. « C’est un acte sincère pour moi car c’est ce que l’on m’a enseigné et je vois beaucoup de musiciens plus jeunes qui me regardent dans la ville. Je veux juste être disponible pour eux tant que je peux pour qu’ils puissent faire passer notre musique au niveau supérieur et conserver l’héritage et le legs. »

A un niveau encore plus profond, Shorty pense que la fondation peut altérer la trajectoire des vies de certaines personnes pour le meilleur, en les détournant de la négativité et du danger vers un endroit plus positif. « Pour être franc, cela va sauver des vies », souligne-t-il, en faisant allusion à ceux qui peuvent être tentés de prendre de la drogue ou de vivre dans la criminalité. « La fondation peut être la chose la plus positive dans les vies de certains de ces enfants. Je leur dis toujours : la musique peut être un passeport pour que vous alliez découvrir le monde. Je pense simplement que nous avons tant de talentueux jeunes musiciens à New-Orleans, mais je leur dis parfois, il suffit d’un mauvais pas dans la rue pour changer votre vie pour le pire. Mais je veux juste avoir un impact positif sur eux par le biais de la musique. »

Mais la musique n’est pas le seul intérêt du tromboniste, il a aussi fait l’acteur et est apparu dans son propre rôle dans la série HBO Treme, se déroulant à New-Orleans, c’est l’activité qui le consume le plus. Il dit qu’il a déjà commencé à enregistrer une suite à Parking Lot Symphony, mais qu’il n’a pas encore terminé. « Nous y travaillons », révèle-t-il. « À chaque fois que nous en avons l’occasion quand nous ne sommes pas sur la route, nous allons en studio et créons de la musique. » Sa priorité pour le moment, c’est sa prochaine tournée européenne. « Je suis toujours impatient d’y jouer », dit-il avec enthousiasme. « J’adore l’idée de présenter ma musique à de nouvelles personnes et de pouvoir jouer devant tous nos fans qui nous suivent depuis longtemps. »

Le nouvel album de Trombone Shorty s’ouvre par un chant funèbre mais si vous pensez que le leader de groupe, interprète, auteur et tromboniste adoré, né Troy Andrews est venu ici pour pleurer, vous avez tout faux. Ce morceau de l’âme magnifique de New-Orleans « Laveau Dirge No.1, » qui tire son nom de la plus célèbre des reines vaudou de la ville, montre les racines de notre hôte avant que Parking Lot Symphony n’arrive ensuite sauvagement, magnifiquement, funky à travers 12 morceaux différents. Fidèle à son titre, cet album contient des multitudes de sons, du beuglement de la fanfare et du funk au groove profond, à la beauté bluesy et à la démarche assurée du hip-hop/pop et beaucoup d’émotions, le tout ancré bien sûr par un jeu stellaire et l’idée que, même par les temps les plus durs, comme Andrews le dit, « la musique unit ».

Et pourquoi cela a pris si longtemps à Andrews de faire une suite à l’album Say That to Say This produit par Raphael Saadiq en 2013 ? Il déclare, « je n’avais pas réalisé que tant de temps avait passé. Certains artistes ne travaillent pas jusqu’à ce qu’ils sortent un disque, mais je n’ai jamais arrêté. » Vraiment. Ces quatre dernières années, Andrews a participé à son cinquième concert à la Maison-Blanche ; il a joué avec Macklemore et Madonna aux Grammys ; il a joué sur des albums de She & Him, Zac Brown, Dierks Bentley et Mark Ronson ; il a fait la première partie de tournées pour Daryl Hall & John Oates et Red Hot Chili Peppers ; est apparu dans la série documentaire Sonic Highways des Foo Fighters ; il a prêté sa voix aux personnages adultes dans The Peanuts Movie ; il a hérité du set clôturant la fête annuelle au New-Orleans Jazz & Heritage Festival dans la tradition des grands de la cité du croissant comme les Neville Brothers et Professor Longhair ; il a publié Trombone Shorty, un livre pour enfants sur sa vie qui a été nommé Livre d’honneur Caldecott en 2016.

Venant s’ajouter à ce leg, ses débuts chez Blue Note Records Parking Lot Symphony voient Andrews s’associer au producteur nommé aux Grammys Chris Seefried (Andra Day, Fitz and the Tantrums) et un ensemble inattendu de co-auteurs et de musiciens, dont les membres de Edward Sharpe & The Magnetic Zeros, The Meters, Better Than Ezra, et Dumpstaphunk. Quand on voit le programme surbooké d’Andrews, c’est encore plus surprenant que son LP commence avec lui dans une chambre, tout seul, à New-Orleans.

« J’ai eu deux semaines à la maison, j’ai donc été au studio et j’ai mis en place le “terrain de jeu” », se rappelle-t-il. « J’avais tout mis en cercle : tuba, trombone, trompette, clavier, Fender Rhodes, Wurly, orgue B3, guitare, basse, batterie et moi au milieu. » Il a enregistré plein d’idée dignes de figurer sur l’album et puis, il est parti pendant un an. Non pas parce qu’il était trop occupé, mais parce qu’il voulait partir sur la route et voir comment la musique le changeait. Quand Andrews est revenu avec un groupe complet, les chansons ont pris vie.

Si on prend les deux reprises de l’album, une paire de classiques de NOLA : il y a « Here Comes the Girls », un chanson d’Allen Toussaint, enregistrée à l’origine par Ernie K-Doe qui a ici (avec Ivan Neville au piano) un son de débauche majestueuse, comme quelque chose tiré d’un album actuel de Bruno Mars ; et le morceau des Meters « It Ain’t No Use », qui fait tourbillonner une vibration R&B vintage avec des voix de chorale résonnante et une guitare entraînante de Léo Nocentelli des Meters lui-même pour transporter le public au centre d’une salle de concert soul-jazz enflammée qui n’a jamais existé.

L’histoire est presque trop belle. Le groupe de session, le guitariste Pete Murano, les sax Dan Oestreicher et BK Jackson et le batteur Joey Peebles avec Tony Hall des Dumpstaphunk et pour le bassiste d’Orleans Avenue, Mike Bass Bailey étaient dans le studio pour « It Ain’t No Use ». Hall avait même l’acoustique vintage qu’il a acheté à Nocentelli il y a des années, qui était utilisée sur la session originale des Meters. En allant aux toilettes, Andrews a vu Nocentelli sortir d’une salle d’enregistrement différente : cela devait se faire. Mais ce n’est pas inhabituel pour un homme élevé dans l’une des familles les plus musicales de New-Orleans.

Au programme de la Shorty Fest 2019

La Trombone Shorty Foundation a annoncé son 7e Shorty Fest annuel, présenté par Acura, qui aura lieu le mercredi 1er mai. Le Shorty Fest aura lieu à la House of Blues à partir de 20h00. Avec tout plein d’invités, le Shorty Fest créera une atmosphère pleine d’énergie et de fun. Le festival de cette année présentera comme toujours des performances de Trombone Shorty & Orleans Ave avec des invités spéciaux. Les billets pour le festival ont été mis en vente le jeudi 21 février à 10h.

 « Ce sera la plus grande soirée de l’année pour la fondation, » a dit Andrews. « Tant de musique fantastique associée à l’esprit de la transmission, c’est une combinaison magique. Perpétuons-la ! » Le Shorty Fest présentera de la musique sur deux scènes notamment la puissante fanfare de New-Orleans The Soul Rebels avec le maître des percussions cubaines Pedrito MartinezSouthern Avenue et les  débuts de Tribal Gold (The New Orleans Suspects avec les Indiens de Mardi Gras Golden Commanche), Erica Falls Band, New Breed Brass Band, Lil’ Glenn & Backatown, et l’artiste Saràyah.

La performance de Trombone Shorty & Orleans Avenue sera la seule apparition du groupe au cours de la seconde semaine du New-Orleans Jazz & Heritage Festival à part la clôture sur la scène principale du festival.

« Quand les étudiants de la Trombone Shorty Academy, qui travaillent si dur toute l’année pour préparer cette soirée épique, montent sur scène avec Troy, », dit le directeur exécutif Bill Taylor, « vous regardez le passé, le présent et le futur ensemble. On ne peut pas faire mieux ! »

L’événement sera une soirée qui capture tous les aspects de la musique de New-Orleans et qui fournit une opportunité de soutenir la Trombone Shorty Foundation. »


Trombone Shorty & Orleans Avenue – Hurricane Season


N’hésitez pas à parcourir en plus de cette chronique le blog de Nathalie :
laventurelouisianaise.blogspot.com/2018/09/welcome-to-my-new-world.html


Crédits Photos : WUNC, Anthony Norkus, RawPowerMagazine, L’Olympia