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L'Aventure Lousiane

Tout au long de cette année, nous allons suivre les tribulations de Nathalie, bénévole MNOP, partie durant quelques mois à la Nouvelle-Orléans. Au travers de ses mots, Natalie nous offre un témoignage sincère et réel de NOLA.

35 – Jazz Fest fête ses 50 ans à la Nouvelle-Orléans

« 27 avril 2019,

Un bref historique du Festival New-Orleans Jazz & Heritage Festival

En avril 1970, Mahalia Jackson, qu’on appelait souvent la plus grande chanteuse de gospel, revint dans sa ville natale pour se produire au premier New-Orleans Jazz & Heritage Festival. Alors qu’elle participait avec Duke Ellington au Louisiana Heritage Fair à Congo Square (puis connu sous le nom de Beauregard Square), ils sont tombés sur l’Eureka Brass Band menant une foule de fêtards de seconde line sur le site du Festival. George Wein, producteur du Festival donna un micro à Mme Jackson, elle chanta avec le groupe et rejoignit le défilé… et c’est ainsi que l’esprit de Jazz Fest naquit.

Dès ses débuts, le New-Orleans Jazz & Heritage Festival fut imaginé comme un événement important qui aurait une grande importance culturelle et une attirance populaire. Le Festival constituait la culmination d’années de discussions et d’efforts menés par les leaders de la ville qui voulaient créer un événement digne du legs de la ville comme berceau du jazz. En 1970, George Wein, imprésario de jazz du Newport Jazz Festival et du Newport Folk Festival (démarrés respectivement en 1954 et 1959) fut embauché pour concevoir et produire un festival unique pour la Nouvelle-Orléans. La fondation New-Orleans Jazz & Heritage Foundation, une organisation sans but lucratif, fut créée pour superviser le Festival.

Le concept de Wein de la Louisiana Heritage Fair, une grande foire de jour avec plusieurs scènes présentant une large variété de styles de musique locale, des stands de restauration de cuisine louisianaise et des stands d’art, avec une série de concerts le soir, formaient une structure qui s’est avérée largement attractive et endurante.

En plus de Mahalia Jackson et Duke Ellington, la première programmation du Festival réunissait Pete Fountain, Al Hirt, Clifton Chenier, Fats Domino, The Meters, The Preservation Hall Band, des défilés chaque jour avec l’Olympia Brass Band et les Indiens de Mardi Gras, et beaucoup d’autres.

En annonçant le premier Festival prévu du 22 au 26 avril, Wein déclara, « Le New-Orleans Jazz & Heritage Festival représente une nouvelle idée passionnante dans la présentation de festival. Ce festival ne pouvait avoir lieu qu’à la Nouvelle-Orléans, car il n’y a qu’ici que se trouve l’héritage musical le plus riche en Amérique. » Il a également noté avec une fantastique prescience, « La Nouvelle-Orléans finira par devenir plus importante que Newport pour les festivals de jazz. Newport a été fabriquée, mais la Nouvelle-Orléans est bien réelle. »

Wein embaucha Quint Davis et Allison Miner, deux jeunes enthousiastes connaisseurs de la musique de la Nouvelle-Orléans pour travailler sur l’événement. Davis est rapidement devenu la force créative principale derrière le Festival, établissant l’événement comme étant un showcase annuel dynamique de la musique louisianaise avec un mélange audacieux de saveurs nationales et internationales. Quint Davis reste le producteur et le directeur du Festival, guidant l’événement durant toute son existence. Allison Miner, qui décéda en 1995, fit de nombreuses contributions à l’évolution du Festival, y compris la création de la scène Music Heritage Stage, qui fut renommée en son honneur.

Pendant l’année inaugurale du Festival, seules environ 350 personnes participèrent au Festival, à peu près la moitié moins de musiciens et autres participants à l’événement. Mais le Festival, surnommé presque immédiatement « Jazz Fest » fut un fantastique succès artistique. Quand Jazz Fest eut lieu l’année suivante, il était clair que l’événement avait déjà dépassé le cadre de Congo Square.

Pour le Festival 1972 ; l’événement déménagea dans le terrain central du champ de course Fair Grounds Race Course, le troisième plus ancien champ de course en Amérique (ouvert depuis 1872). Jazz Fest se développa rapidement les années suivantes, étendant constamment son utilisation du site de 0,58 km². En 1975, le Festival encore un événement durant cinq jours simplement avec seulement trois jours de Louisiana Heritage Fair, reçut un public de 80000 personnes. C’était aussi la première année du populaire poster en sérigraphie édition limitée du Festival, à présent reconnu comme la série de posters la plus connue au monde.

De 1976 à 1978, Jazz Fest s’étendit couvrant deux weekends entiers de l’Heritage Fair, et en 1979, pour son dixième anniversaire, le Festival programma trois weekends, bien qu’un weekend entier dût être annulé en raison de la pluie. Dans les années 1980, la popularité de JazzFest continua de connaître une croissance énorme et commença à obtenir une large reconnaissance en tant que l’une des célébrations culturelles les plus importantes du monde. A la fin de la décennie, plus de 300000 personnes participaient à l’Heritage Fair, aux concerts en soirée et aux ateliers. En 1989, le Festival marqua le 20ème événement annuel qui fut commémoré avec le poster classique présentant Fats Domino inaugurant une ère durant laquelle le poster célèbrerait de nombreuses légendes de la musique de Louisiane avec des portraits emblématiques. La décennie des années 1990 vit s’envoler l’attirance de Jazz Fest et l’importance du Festival comme un symbole culturel. The New York Times notera que le Jazz Festival était « devenu inséparable de la culture qu’il présente. » Le Festival ajouta des caractéristiques comme le Jeudi qui démarre le second weekend (1991) ; un Pavillon International qui célèbre d’autres cultures (Cuba, Haïti, Mali, Panama, Brésil, Martinique, Afrique du Sud et bien plus) ; et la scène et zone des Améridiens.

En 2001, le Festival fêta le centenaire de Louis Armstrong et la participation totale éclipsa les 650000 personnes, explosant les records pour pratiquement chaque jour de l’Heritage Fair, y compris le record de participation de jour unique de tous les temps de 160000 personnes. La prédiction de Wein, que la Nouvelle-Orléans deviendrait la première ville des festivals de jazz, s’était clairement réalisée. En 2004, AEG Live, le second plus important promoteur de concert au monde, collabora avec Jazz Fest, ouvrant les portes à des stars encore plus internationales se produisant au Festival. Le mois d’août 2005 changea le cours de l’histoire de la Nouvelle-Orléans et du Festival pour toujours quand l’ouragan Katrina laissa la ville entièrement dévastée et força la plupart de la communauté à déménager. Dans ces circonstances, la présentation de Jazz Fest 2006 était sérieusement compromise. 

Comme la majeure partie de la Nouvelle-Orléans, le Fair Ground Race Course qui accueillait depuis longtemps le Festival avait aussi été gravement endommagé par l’ouragan.  Mais le soutien précieux de Shell Oil, qui signa un accord de sponsoring de présentation à long terme avec le Festival, et l’appui et l’encouragement d’AEG Live et de George Wein, Quint Davis confirma que le premier Jazz Fest Post Katrina aurait lieu les deux weekends traditionnels de fin avril et début mai.  Jazz Fest 2006 devint plus qu’un simple festival annuel, il devint une célébration très émouvante du retour à la maison pour la ville et de l’importance de sa culture pour le monde. 

Le chroniqueur musical du Los Angeles Times music writer, Randy Lewis, décrivit une performance spéciale d’une manière qui capturait véritablement l’esprit de ce festival de 2006, « Il est possible qu’il y ait eu quelque part, à un certain moment, une confluence plus spectaculaire et exaltante de musique avec un moment marquant autre que la présence de Bruce Springsteen ce soir au 37ème Jazz & Heritage Festival annuel ici. Mais en presque 40 ans de présence à des concerts, je n’en ai vu aucun comme celui-ci. » Springsteen note également dans sa biographie que sa performance à Jazz Fest 2006 était l’une des plus mémorables et émouvantes de sa carrière.

Jazz Fest 2010 fut la toute première prestation de Pearl Jam au Festival avec une diffusion en directe aux troupes en Iraq et Afghanistan. L’émission permit au chanteur, Eddie Vedder, de converser en direct avec son ami posté en Afghanistan sur les écrans vidéo le long de la scène Acura Stage dans une expérience inoubliable pour tous ceux qui participèrent. On compte parmi les artistes qui se produisirent au Festival du 45ème anniversaire en 2014, Eric Clapton, Bruce Springsteen and the E Street Band, Christina Aguilera, Phish, Arcade Fire, Santana, The String Cheese Incident, Robert Plant, Public Enemy, The Avett Brothers, Charlie Wilson, Alabama Shakes, John Fogerty et des centaines d’autres. 

La même année, une retransmission de télévision nationale majeure de Jazz Fest sur AXS-TV permit à des millions de téléspectateurs de découvrir le Festival durant les quatre jours du second weekend, y compris plus de 28 heures de performances en direct, interviews et clips en coulisses.

Avec 12 scènes de musique stimulant l’âme, jazz, gospel, Cajun, zydeco, blues, R&B, rock, funk, Africaine, Latine, Caraïbe, folk et bien plus, le New Orleans Jazz & Heritage Festival est fermement établi comme une célébration unique avec une signification à la fois historique et contemporaine. L’événement a présenté la plupart des grands artistes de la Nouvelle-Orléans et de Louisiane du dernier demi-siècle : Professor Longhair, Fats Domino, The Neville Brothers, Wynton Marsalis, Dr. John, Branford Marsalis, Harry Connick Jr., Troy “Trombone Shorty” Andrews, Ellis Marsalis, The Radiators, Irma Thomas, The Preservation Hall Jazz Band, Allen Toussaint, Buckwheat Zydeco, The Dirty Dozen Brass Band, Better Than Ezra, Ernie K-Doe, Vernel Bagneris, The Zion Harmonizers, Beausoleil et bien d’autres.

Le Festival a toujours mélangé une large variété d’invités renommés, parmi eux : Aretha Franklin, Miles Davis, Stevie Wonder, Bob Dylan, Ella Fitzgerald, Dizzy Gillespie, Bruce Springsteen, Santana, Sarah Vaughan, Paul Simon, Jimmy Buffett, Max Roach, B.B. King, Dave Matthews Band, Patti LaBelle, Tito Puente, the Allman Brothers Band, Joni Mitchell, Al Green, Pitbull, Linda Ronstadt, Lenny Kravitz, Sonny Rollins, Bonnie Raitt, James Brown, Keith Urban, Kings of Leon, Celia Cruz, Stevie Ray Vaughan, Hugh Masekela, Cassandra Wilson, Willie Nelson, The Temptations, Burning Spear, Van Morrison, LL Cool J, Abbey Lincoln, Neil Young, Erykah Badu, Dave Brubeck, Gladys Knight, Youssou N’Dour et bien bien d’autres.

Avec les années, Jazz Fest a reçu de nombreux honneurs, notamment le fait d’être nommé Festival de l’Année quatre fois par le magazine Pollstar. The Wall Street Journal a déclaré que Jazz Fest « présente une programmation plus large et plus profonde de styles musicaux américains que tout festival de la nation… », ce que le magazine Life a appelé « le meilleur festival de musique du pays.»  « Et en chroniquant l’événement de 2017, Jon Pareles a déclaré dans le New York Times, contrairement à d’autres grands festivals qui ont tendance à faire de brèves invasions dans leur musique locale, Jazz Fest est une institution inséparable de la ville… »

Inspiré par l’esprit de Mahalia Jackson et de l’Eureka Brass Band en 1970, le New Orleans Jazz & Heritage Festival continue à fêter la culture de la Louisiane avec la ferveur associée d’un hymne au gospel et la joie d’un défilé de jazz. Le Festival 2019 a lieu du 25 avril au 5 mai et ce sera la 50ème célébration annuelle. 

Souvenirs de musiciens : fêtons les 50 ans de Jazz Fest

On peut dire que tous ceux qui se sont produits, ont participé ou ont même travaillé au New Orleans Jazz & Heritage Festival ces cinq dernières décennies se souviennent distinctement d’expériences personnelles. Notamment au cours de la « saison Jazz Fest » qui commence avec la première annonce de la programmation et continue jusqu’à la fermeture des portes du Fairgrounds, les sujets favoris des participants au Fest, ce sont les fantastiques sets des anciennes situations malencontreusement cocasses, les moments doux-amers des adieux et, bien sûr la météo. Vous vous souvenez danser sous la pluie battante sur le jeu de guitare magique d’un guitariste et d’Earl King ?

Tempêtes, averses et boue sont les sujets qui reviennent assez souvent chez les artistes qui sont interviewés ici au sujet de Jazz Fest, parmi lesquels beaucoup ont joué à la naissance même de l’événement, organisé au Congo Square et au Municipal Auditorium. Qui aurait pu concevoir son expansion éventuelle ? A l’époque, George Porter se souvient avoir pensé que cela serait « cool » si ce « gig » (concert), un festival concentré sur les artistes de Louisiane, était un succès. Comme tous ceux qui ont été interviewés, j’ai vécu de nombreux moments mémorables musicalement avec Professor Longhair, Fats Domino, Wayne Shorter, Sonny Rollins, Ornette Coleman, the World Saxophone Quartet et les Leaders, pour n’en nommer que quelques uns. 

Un numéro se distingue définitivement comme étant le plus extravagant : le guitariste/chanteur Ironing Board Sam jouant dans un réservoir en plexiglas rempli d’eau. Toute la journée avant son « plongeon », nous avons regardé ce réservoir et rit de façon hystérique avec un soupçon de peur mêlé aux ricanements. « J’espère qu’il ne va pas s’électrocuter. » Ce qu’il n’a pas fait et il revient jouer cette année. Cette fois, il restera sûrement sur la terre ferme.

Quels sont donc les moments les plus mémorables à Jazz Fest pour les artistes qui ont fait des contributions majeures à son succès ? Voici ce dont se souviennent certains d’entre eux.

Irma Thomas (chanteuse)

« Un souvenir qui est plutôt comique dans un sens, c’était l’année où Stevie Wonder a joué après la tempête. J’y étais, juste une fan qui va voir le festival et j’étais assise sur le côté de la scène. Quelqu’un lui a dit que j’étais là et Stevie m’a appelée sur scène et nous avons chanté sa chanson dont j’ai fait une version, « Shelter in the Rain ». Après avoir chanté « Shelter in the Rain » avec lui, je suis devenue une star pour mes petits-enfants. D’un seul coup, je suis devenue quelqu’un. Avant, j’étais juste mamy. J’ai aussi chanté une fois « Bridge Over Troubled Water » avec Paul Simon. »

La première fois qu’Irma Thomas a chanté pour Jazz Fest, c’était en 1974 quand elle a rejoint le groupe de Rommy Ridgley. L’année d’après, elle a « officiellement » joué avec lui à Jazz Fest. « Quand je suis revenue en ville en 1976, j’ai formé mon propre groupe de back-up et j’ai toujours joué à Jazz Fest depuis. Ce que j’apprécie à Jazz Fest, et ce qui était important pour beaucoup d’entre nous, les artistes de la Nouvelle-Orléans et de Louisiane, c’était que nous étions dans nos années décroissantes et jouer au festival, nous a permis de nous débarrasser des toiles d’araignées. Cela nous a remis sur le devant de la scène. Cela sensibilise le monde aux arts de la Nouvelle-Orléans. J’espère que Jazz Fest se développera et continuera à croître encore et encore. Une autre chose que j’aime au sujet de Jazz Fest, c’est que cela ne change rien que vous jouiez dans un fauteuil roulant, sur un tabouret ou que vous soyez debout ; si vous êtes un artiste viable et que vous pouvez jouer, ils vous embaucheront. Et c’est ce qui est important, être demandé. Ils nous donnent à tous, les gens d’ici, le sentiment d’être demandé. »

Cyrille Neville (percussionniste, chanteur et ancien membre des Meters et des Neville Brothers)

« Mon souvenir le plus cher de Jazz Fest était sur la scène Fess Stage, avec les Neville Brothers, Big Chief Jolly and the Wild Tchoupitoulas et Big Chief Pete des Black Eagles. Ce fut une journée magique. C’était la première fois que nous [les frères] jouions à Jazz Fest et à ce point, nous n’étions même pas les Neville Brothers ; c’était les Wild Tchoupitoulas. Cela n’était jamais arrivé avant, et cela n’arrivera plus. Chacun des spectacles de clôture auquel les Neville Brothers ont joué était toutefois spécial. Je suis venu pour la première fois au festival Jazz and Heritage Festival avec James Caroll Booker dans une Bentley blanche. Nous sommes sortis du chemin et nous avons conduit dans la foule en passant des joints par les deux fenêtres en conduisant jusqu’à la scène où il se trouvait. Il les passait par une fenêtre et je les passais par l’autre. [Quand nous sommes arrivés sur scène], il est sorti de la voiture, s’est incliné et a joué son set. A cette époque, on ne faisait que passer du temps ensemble lui et moi. Il était mon ami ».

Johnny Vidacovich (batteur)

« Je me souviens qu’une fois, moi, [James] Singleton, et David Torkanowksy, nous avions été embauchés pour jouer avec Snooks Eaglin. Il y avait une scène en bois avec des estrades populaires des deux cotés et une grande mare de boue au milieu. Nous attendions David T. Snooks qui n’avait pas apporté d’accords de guitare ni d’étui ou autre chose.

Il demandait continuellement, « Où est David ? Où est David ? » Les premiers temps de la mesure arrivèrent, « Mesdames, Messieurs… ». Soudain j’ai regardé dans la foule et je pouvais voir de l’autre côté de cette flaque de boue géante, David qui courait vers la scène. Il atteignit la flaque de boue, tomba dedans, mais sauta et continua à courir, et il arriva avec une seule chaussure et sauta sur scène. « On y passait toute la journée. On garait la voiture derrière la scène et vous sortiez votre batterie, votre bière, votre copine. Je me souviens avoir joué de la batterie en solo en 1977 et je devais faire suite à James Black ! Je me souviens avoir joué avec Earl Tubinton, et [le bassiste] Brian Blade. C’était quand la tente était de l’autre côté [dans le champ intérieur]. Mes souvenirs les plus anciens remontent à quand j’étais vraiment jeune et que j’avais les cheveux longs et une barbe, cela remonte à 1973 environ. J’ai joué avec Willie Tee and the Souls, avec Earl Turbinton et George Davis. J’avais les yeux fermés et nous jouions du hardcore hometown funk. Soudain, les micros tombent, les supports tombent. J’ai ouvert les yeux et j’étais entouré de plumes, il y avait environ 10 indiens qui dansaient et frappaient des cloches à vaches et des tambourins. Le tout était devenu chaotique. J’étais comme si j’avais ouvert les yeux pour me retrouver dans un kaléidoscope. »

George Porter (bassiste, chanteur, leader des Runnin’ Pardners et membre original des Meters)

« J’ai au moins 50 souvenirs. Probablement l’une des choses les plus extraordinaires dans laquelle j’ai été impliqué, c’était peut-être il y a trois ans sur la scène Acura Stage. C’était un jour horriblement pluvieux, et nous, le groupe des Runnin’ Pardners, sommes montés sur scène et la pluie est revenue alors que nous étions en train de jouer. Le manager de scène m’a dit, “Vous pouvez arrêter quand vous voulez”. Je me souviens avoir regardé le public et avoir vu ces gens debout dans la boue et la pluie couler sur leurs petits chapeaux en plastique et leurs affaires. J’ai dit aux gars, “Je resterai ici aussi longtemps qu’eux”. À ma toute première prestation aux Fair Grounds, Stevie Wonder est sorti et est venu jouer avec les Meters originaux. Nous faisions la clôture sur cette scène et Fess [Pianiste/chanteur Professor Longhair] jouait sur une autre scène, nous avions une fenêtre de 15 minutes. Zig [batteur Zigaboo Modeliste] et moi-même, sommes venus jouer avec Fess, c’était la première fois que je jouais avec Fess en public. Porter se souvient avoir vu les incarnations précoces de Jazz Fest comme étant une expérience : L’idée de développer cela en un véritable événement, c’était comme un test si cela pouvait arriver. Je pense que nous tous, en tant que joueurs, avons pensé, “Whaou, si ce concert se produisait, cela serait cool.” »

Kermit Ruffins (trompettiste, chanteur et leader des Barbeque Swingers)

« Je dirais que mon premier festival était en 1985, lorsque j’ai joué le défilé avec les Rebirth [Brass Band]. J’avais peut-être 20 ans. Je me souviens, j’étais assis dans l’herbe du champ ouvert, c’était une sensation de pique-nique; et j’étais couché sur le tuba et il y avait tous ces foutus photographes. Tout le groupe avait amené leurs familles, leurs mamans, et tantines. C’était un événement important. Nous jouions à la super Jazz Fest ! Le défilé était super spécial. Nous connaissions les membres du social aid and pleasure club dans le défilé et cela était encore plus amusant. Avant cela, j’ai peut-être été au festival avec mon école une année mais pas une expérience comme celle-ci. Je me souviens la sensation dégagée par ce défilé, la vibration que nous avions. Cela a changé ma vie. Une année, j’ai eu beaucoup de chance que [le bassiste] Walter Payton m’embauche avec son groupe. J’étais un fan de “The Young and the Restless”, et il avait cette fille dans l’émission, une superstar, Victoria Rowell.  Quand je suis sorti de scène, [Rowell] a couru vers moi et a dit, “vous étiez super ! Super !” J’ai dit, “Je joue ce soir à Joe’s Cozy Corner avec Walter Payton”, et elle est venue et est restée à traîner avec nous pendant trois jours. J’ai passé les meilleurs moments de ma vie aussi l’année dernière en allant pour la première fois à tous les jours de Jazz fest. Je ne l’avais jamais fait car c’est toujours trop chaud et trop hectique. J’ai vu Lionel Richie et Anita Baker. J’ai été tous les jours car j’ai un Brass Pass pour avoir aidé WWOZ. » 

Les coulisses de Jazz Fest par Valérie

Valérie est une des mamans françaises du Lycée Français de la Nouvelle Orléans. Partie aux Etats Unis en 1995 pour perfectionner son anglais, elle y est finalement restée et travaille aujourd’hui à la Nouvelle Orléans pour le prestigieux et emblématique New Orleans Jazz & Heritage Festival, « Jazz Fest ». Je l’ai rencontrée dans sa charmante maison « shotgun » aux belles couleurs chaleureuses sur Monroe street et elle m’a raconté son parcours passionnant.

C’est donc en Arizona que Valérie débarque pour enseigner le français dans un lycée à la frontière avec le Mexique à Nogalas pendant 6 mois. Puis après un séjour en Arkansas, elle a envie d’aller découvrir la Nouvelle Orléans avec une copine. Elle y arrive un 4 juillet en plein Essence Festival de musique afro-américaine pour voir Aretha Franklin au Superdome et tombe sous le charme de la ville.

Un petit boulot dans le Quartier Français, un contrat à l’Alliance Française et une collaboration avec un étudiant avocat pour monter un festival francophone « Fête de l’Amérique française » à Armstrong Park lui permettent de changer son visa et de prolonger son séjour. Sa tâche est de rechercher des sponsors, TV5 vient même y faire un tour. Ces premiers pas dans l’événementiel vont l’amener à décrocher un petit contrat en freelance pour Jazz Fest en 2002 afin de s’occuper du programme des Caraïbes Francophones. Elle est embauchée ensuite en 2003 dans le cadre des programmes d’échange culturel du Festival qui prend pour thème plusieurs pays en intermittence chaque année, la Martinique est à l’honneur cette année-là, puis l’Afrique du Sud en 2004.

Mais après le 11 septembre 2001, il devient très compliqué de faire venir les artistes, puis Katrina frappe en 2005. Valérie est en voyage en Oregon à Portland et devait revenir à la Nouvelle Orléans ce funeste 29 août 2005 quand l’ouragan dévaste la ville.

Le Fest Jazz de Portland vient en aide aux musiciens de Nola et Valérie est embauchée pour ce projet de 6 mois. Elle restera à Portland pendant 5 ans, le temps de rencontrer le papa de sa fille qui naîtra là-bas en 2007. Mais New Orleans lui manque et elle y revient en 2010.

2010, c’est l’année du terrible tremblement de terre en Haïti. Haïti qui a des liens très forts avec la Nouvelle Orléans où la communauté haïtienne est très importante. Le pays sera donc à l’honneur du Pavillon des échanges culturels et Valérie reprend son poste en 2011. Elle s’occupera successivement des échanges culturels avec le Brésil, Cuba, Belize, les Indiens de Mardi Gras, les Native Americans. En 2018, pour fêter les 300 ans de New Orleans, le pavillon pluridisciplinaire devient la 13ème scène musicale du Festival avec des artistes, des artisans, démonstrations en direct, expositions photos. Pour préparer chaque nouvelle édition du festival, l’équipe de Valérie part en voyage de reconnaissance dans le pays concerné pour faire des recherches et donner des recommandations sur les artistes et artisans qui pourront être invités à se produire. »


New Orleans Jazz & Heritage Festival 2018


N’hésitez pas à parcourir en plus de cette chronique le blog de Nathalie :
laventurelouisianaise.blogspot.com/2018/09/welcome-to-my-new-world.html


Crédits Photos : Forbes, AEG Worldwide, The Advocate, Derek Bridges, Masahiro Sumori, Bindifry