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L'Aventure Lousiane

Tout au long de cette année, nous allons suivre les tribulations de Nathalie, bénévole MNOP, partie durant quelques mois à la Nouvelle-Orléans. Au travers de ses mots, Natalie nous offre un témoignage sincère et réel de NOLA.

40 – Dr John, figure emblématique du Blues et légende de la Nouvelle-Orléans

« 08 juin 2019,

Malcolm John « Mac » Rebennack, plus connu sous le nom de Dr John, la légende de la musique de la Nouvelle-Orléans, dont le personnage de scène inspiré par le vaudou et sa façon fantasque de parler étaient aussi appréciés à la Nouvelle Orléans que son jeu de piano, est décédé d’une crise cardiaque le 6 juin dernier. Il avait 77 ans.

Introduit au Rock N Roll Hall of Fame, ayant remporté six fois un Grammy, compositeur, producteur et interprète, il a su créer un mélange unique de musique qui portait sa ville natale dans son cœur. Ces dernières années, Dr John s’est absenté de la vie publique et des scènes, y compris Jazz Fest, où il a joué pour la dernière fois en 2017.

Ce pianiste unique est né dans le quartier du Third Ward de la Nouvelle-Orléans où il commença sa carrière de six décennies dans la musique. Avec Professeur Longhair et James Booker, Dr John est considéré comme l’un des pianistes (et l’une des personnalités) de la ville ayant le plus d’influence. Avec son album de 1968Gris-Gris, il lança sa carrière solo acclamée après avoir travaillé pendant des années comme musicien accompagnateur. Depuis le début, il s’est présenté davantage comme un musicien virtuose, incluant dans ses performances des thèmes, des costumes et des touches théâtrales de vaudou qui lui ont fait adopter le personnage de Dr John.

En 1973, Dr. John fut placé numéro 10 au classement avec le hit « Right Place, Wrong Time, » issu de son sixième album, In the Right Place. Dr. John remporta son premier GRAMMY en 1989, pour « Makin’ Whoopee » avec Rickie Lee Jones (Meilleure performance vocale Jazz, Duo ou Groupe). En 1989, Dr. John parla à Bunny Matthews lors d’une interview pour OffBeat :

« J’adore la musique, c’est la seule chose que j’aime toujours. C’est mon shoot dans la vie. C’est ce qui marche toujours pour me guérir….Et nous avons de la musique vraiment spirituelle qui vient de la Nouvelle-Orléans. C’est une des choses que les gens ont du mal à comprendre, je pense, par rapport à ce que nous faisons ici. Rien que la syncope du funk qui vient de la Nouvelle Orléans, cela n’a rien à voir avec ce qui se fait ailleurs. Je veux dire, il y a une connexion, mais ce n’est pas pareil car nous ressentons tous des trucs des second lines. Cela fait une énorme différence et c’est ce que les gens ne comprennent pas. Non seulement, ils ne le comprennent pas, mais ils ne veulent pas le comprendre. C’est surtout trop subtil pour eux. Ils ont l’habitude que tout soit sous leurs yeux. Les enfants ont choisi le hip-hop car ce sont des groupes programmés. »

Tout au long de sa carrière d’enregistrement, il apporta sa touche aux classiques de la Nouvelle Orléans comme « Big Chief », « Iko Iko » et « Tipitina. » En 1992, Offbeat a interviewé Dr. John qui, à l’époque fêtait la sortie de Goin’ Back to New Orleans, un album qui obtint un GRAMMY dans la catégorie Best Traditional Blues Album (Meilleur album de blues traditionnel). Son premier album en 1968, intitulé à juste titre « “Gris-Gris” visait à perpétuer le gris gris de la Nouvelle-Orléans » a-t-il dit au magazine. Le Mardi Gras, les chants psychédéliques et d’Afrique Occidentale ont été un hit auprès des hippies aux longs cheveux que M. Rebennack connaissait en Californie et l’album s’est classé sur la liste des 500 meilleurs albums de tous les temps du magazine Rolling Stone.

L’album lança une longue carrière durant laquelle les Nite Tripper et M. Rebennack convergeraient, de la façon la plus évidente dans le patois typique de la Nouvelle-Orléans parlé par cet homme, qui, lorsqu’on le transcrivait, pouvait perturber un enseignant d’anglais, mais ravissait un public. Son travail lui valut beaucoup de fans dans le monde entier, y compris ses compagnons musiciens, qui ont créé des opportunités comme une performance au concert final du groupe en 1976 et un travail en session ou des collaborations avec The Rolling Stones, Neil Diamond, James Taylor et Carly Simon, Lou Reed, Leon Redbone, Van Morrison, Christina Aguilera, B.B. King, Ringo Starr, The Black Keys et des douzaines d’autres. Le travail de M. Rebennack a été aussi largement samplé, comme sur le morceau de Beck « Loser » et celui de P.M. Dawn en 1991, « Comatose, » d’après Rolling Stone.

Dans les années 80, M. Rebennack est arrivé à un moment charnière de son addiction pour l’héroïne. Il confia à Bomb Magazine en 1990 qu’il prenait de la méthadone depuis environ cinq ans et qu’en 1989, il avait été en cure de désintoxication.
« J’essaie de faire ce qu’il faut pour rester clean. Face au démon de la dope, l’accro à l’héroïne, le junkie, l’idée que je m’en sors. Et que j’en ai profité, », dit-il à l’interviewer Stanley Moss.  « Il y a beaucoup de facettes magnifiques de la vie que je manquais quand j’étais en plein trip. Je suis vraiment reconnaissant d’être à nouveau clean. » En 1999, Dr John reçu le prix Best of the Beat Lifetime Achievement Award in Music et fit la couverture du magazine en février 2000.

Son album de 2008, « City That Care Forgot », offrit ses méditations sur l’ouragan Katrina et la réponse officielle à la catastrophe qui ravagea sa ville natale. Dr. John chante « Down in New Orleans » du film de Disney en 2009 « La Princesse et la grenouille » ; le personnage de la Princesse Tiana était basé sur la chef adorée de Nouvelle Orléans, Leah Chase, qui est décédée à l’âge de 96 ans le 1er juin dernier.

Ces dernières années, M. Rebbenack s’est associé avec la tromboniste Sarah Morrow, qui fut directrice artistique de son groupe, The Nite Trippers, après avoir été promue d’un poste dans son ancien groupe depuis 2012 pendant environ trois ans.

En l’honneur de la source profondément influente de musique de M. Rebennack, qui, avec les années finit par inclure presque trois douzaine de ses propres albums, le Saenger Theatre accueillit le spectacle qui se joua à guichets fermés en l’honneur de l’artiste « The Musical Mojo of Dr John : A Celebration of Mac and His Music ». Parmi les artistes invités de cette soirée, figuraient Bruce Springsteen, John Fogerty, Widespread Panic, Mavis Staples, Terence Blanchard et Jimmie Vaughan. En 2011, Dr. John a été introduit Rock and Roll Hall of Fame. J’ai vu Dr John jouer à Jazz in Marciac le 11 août 2015 et sa personnalité et musique étaient vraiment impressionnantes sur scène. En 2016, M. Rebennack a dévoilé un nouveau groupe, The Gris-Gris Krewe, qui remplaça Morrow comme directeur musical par Roland Guerin et accueillit le batteur Herlin Riley dans ses rangs. »


Dr. John – Gris-Gris Gumbo Ya Ya


N’hésitez pas à parcourir en plus de cette chronique le blog de Nathalie :
laventurelouisianaise.blogspot.com/2018/09/welcome-to-my-new-world.html


Crédits Photos : Rolling Stone, Jazz Radio, Best Classic Bands