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Suite à la disparition de Art Neville l’été dernier, Stéphane Colin nous livre son ressenti toujours autant empreint d’une subtile sensibilité pour ABS Magazine, mais avant laissons l’introduction a Aaron Neville : « Mon grand frère Artie aka Poppa Funk était le patriarche de la tribu Neville, le grand chef, une légende depuis très longtemps, ma première inspiration. J’ai essayé de copier son style, son ténor naturellement perché, qu’il était seul capable de faire… »

« All These Things

Toutes ces choses qui filent et s’envolent pour disparaître à jamais… À l’instar du juke box usé que personne ne sait plus réparer, le vieux flipper terrien a de plus en plus de mal à tirer la partie gratuite. Le same player shoot again devient un objet de souvenir suranné qu’on se ressasse jusqu’à plus soif. En vinyl ou sur Spotify, peu importe le flacon pour peu qu’on ait l’ivresse nostalgique. Mettre bout à bout les versions premières de All of These Things ramène à ces temps d’innocence, de prairies verdoyantes où la brise soulevait les hautes herbes en rythme lascif, jamais pressé. La puissance de ces perles, la qualité des interprètes, la force du songbook stratifie le temps. Naomi Neville alias Allen Toussaint n’a jamais mieux porté le pseudonyme que pour l’occasion. Bien avant le groupe avec les autres brothers, deux Neville pour un morceau. Deux versions de jeunesse, l’une pour Art, l’autre pour Aaron ; la fraîcheur et la fragilité dans la parenté vocale.

En 1962, la première est pour Art. L’écoute de la version plus tardive d’Aaron avec « sa drôle de voix dont on ne savait que faire » (dixit Toussaint) semble souligner la version de l’aîné. Un duo à distance. Pas de trophée ni de vainqueur là-dedans. The Voice partagée en deux à parts égales annonciatrices de la version définitive des Meters sur « Trick Bag » de 1976. Le B3 d’Art y est en phase avec la voix et, derrière, Nocentelli, Porter et Zigaboo assure les fondations.

Une fois encore, le top one sera pour un autre (Joe Stampley/chanteur country), les versions successives de James Booker, John Boutté, Harry Connick Jr et même celle de l’après Katrina d’Elvis Costello passant, malgré leur grande valeur, aux oubliettes de l’Histoire.

À la fin de sa vie, sur un disque solo enregistré dans un club new-yorkais, Allen Toussaint reprendra la ballade qu’il avait écrite un demi siècle auparavant. Un filet de voix de désenchantement souriant, paresseux suspendait une dernière fois le temps. Depuis Allen et Art s’en sont allés, Pour l’enterrement d’Art, dans une furieuse second line pluvieuse qui réunissait la crème des musiciens de NOLA, le regard d’Aaron était dans un ailleurs lointain. Un regard de survivant… »


Art Neville – All these things


Références

  • Art Neville : All These Things – 45 tours Instant 3246 (1962)
  • Aaron Neville : All These Things – 45 tours Bell Records (1969)
  • The Meters : « Trick Bag » – Warner (1976)
  • James Booker : « Classified » – Rounder (1982)
  • Elvis Costello /Allen Toussaint : « The River in Reverse » – Verve (2006)
  • John Boutté : « Boutteworks » (2008)
  • Allen Toussaint : « Songbook » – Rounder (2013)

Crédits Photos : NOLA.com, Erika Goldring, Huffpost, DR