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L'Aventure Lousiane

Tout au long de cette année, nous allons suivre les tribulations de Nathalie, bénévole MNOP, partie durant quelques mois à la Nouvelle-Orléans. Au travers de ses mots, Natalie nous offre un témoignage sincère et réel de NOLA.

44 – Southern Decadence

« 01 septembre 2019,

Les dieux des paillettes n’apparaissent pas seulement pour Mardi Gras. Le weekend de « Labor Day », le Quartier Français devient un glorieux terrain de jeu d’amour et de créativité avec Southern Decadence, du 29 août au 2 septembre cette année. Un des plus importants événements en ville, Decadence réunit la communauté LGBTT (Gay, Lesbienne, Bisexuelle, Transsexuelle, Transgenre) et ses supporters pour un weekend de fêtes, tournées des bars et événements spéciaux, avec en point culminant la parade de marche des Grand Mashals le dimanche après-midi.

Quelle est sa popularité ? Southern Decadence 2018 a attiré environ 250 000 participants, d’après Tony Leggio, qui était l’un des Grand Marshals en 2016. « Quand j’étais Grand Marshal, j’ai passé la plupart de mon temps à remercier les gens d’avoir fait leur coming out, » a déclaré Leggio. « Ils étaient tous si sympas. » L’évènement est parti à l’origine de ce qui était une tournée des bars/fête d’au-revoir organisée par un groupe d’amis en 1972. Ils ont intitulé le thème de leur fête, inspirés par la Plantation Belle Reve des sœurs DuBois dans « Un tramway nommé Désir », the « Southern Decadence Party: Come as Your Favorite Southern Decadent » (La fête de la décadence du sud: venez en incarnant votre décadent favori du sud. »  Decadence s’est avérée populaire dans la ville (comme toujours) et en 2019, les organisateurs perpétuent les traditions de l’événement et accueillent le nombre croissant de nouveaux évènements qui se sont créés autour.

Le thème de la 48ème édition annuelle est « Fruit Salad: Come Toss a Good Time. » (Salade de fruit ; venez mélanger pour passer un bon moment. » Les thèmes changent chaque année, comme les Grand Marshals. Pour 2019, les Grand Marshals 45 sont Countess C Alice et Will Antill. (Le nombre de Grand Marshals et l’année de l’événement ne correspondent pas car les Grand Marshals n’ont pas été choisis jusqu’à la troisième année de l’événement et les Grand Marshals pour les années 2005 et 2008, quand les ouragans Katrina et Gustav ont affecté la ville, étaient les Grand Marshals pour les années suivantes.)

Être un Grand Marshall est un honneur dans la communauté LGBTT, a dit Leggio. Et cette honneur est chargé d’une lourde responsabilité : chaque année, les Grand Marshals supervise la levée d’argent pour l’événement, tout excédent étant versé à une œuvre de charité. Le bénéficiaire de cette année est Odyssey House Louisiana, un prestataire de santé comportementale sans but lucratif avec un accent sur le traitement des addictions.

Le lancement officiel pour Southern Decadence est le jeudi soir avec une fête de bienvenue/compétition « Battle of the Bulge » (la bataille de la protubérance) au Bourbon Pub/Parade, où la plupart des événements officiels de Southern Decadence ont lieu. D’autres ont lieu à des endroits qui ne sont pas réputés comme étant des bars gay traditionnels : Bearracuda, une dance party pour les « bears » (les ours, expression souvent utilisée pour décrire un homme plus poilu et plus imposant), a lieu au One Eyed Jacks le vendredi soir et est déjà complète.

De nouvelles couleurs officielles et un nouvel hymne accompagnent les nouveaux Grand Marshals. Les tonalités de cette année divergent de la norme, pois et fines rayures, compte tenu du daltonisme du Grand Marshal Antill. L’hymne est « Push Groove » par Instamatic. Les Grand Marshals, qui reçoivent des sifflets, les utilisent lorsqu’ils entrent dans un bar pendant la parade du dimanche pour inciter le DJ à mettre la chanson afin d’annoncer leur arrivée et celle de leur entourage.

Les étapes incluent les bars gay Oz, Bourbon Pub/Parade, Napoleon’s Itch, et Lafitte’s in Exile, rappels de l’origine de l’événement comme tournée des bars. La chanson sera très sûrement passée au Golden Lanterne, le fief officiel de Southern Decadence et lieu où la parade des Grand Marshals commence à 14h le dimanche. La parade, qui passe par le Quartier Français, diverge occasionnellement de son itinéraire officiel mais y reste plutôt fidèle. Pour avoir un aperçu de ce qui accompagne la parade, rendez-vous au Friendly Bar environ une heure avant qu’elle ne commence, pour voir les Grand Marshals et leurs entourages mettre les touches finales à leurs costumes. « C’est un événement caché gratuit », dit Leggio.

L’événement remonte au mois d’août 1972, une fête de fin d’été pour un groupe de 40-50 amis à la fois hétéro et gay. Ils nommèrent leur fête « Southern Decadence Party: Come as Your Favorite Southern Decadent. » (La fête de la décadence du sud: venez en incarnant votre décadent favori du sud). Les gens qui participaient devaient se déguiser pour incarner leur décadent du sud favori. Deux semaines plus tard, le groupe a lancé une autre fête d’adieu pour Michael Evers qui partait rejoindre son amant, David Randolph dans le Michigan. La première petite « parade en marche » eut lieu l’année suivante quand les participants se sont réunis pour la première fois au Johnny Matassa’s Bar du Quartier Français pour exhiber leurs costumes et ensuite rentrer chez eux à Belle Reve, un nom tiré d’un tramway nommé désir, dans le quartier de Tremé, via Esplanade Avenue. L’événement s’est étendu avec Frederick Douglas Wright, un afro-américain, nommé premier grand marshal par les membres du groupe original en 1974, qui aurait le contrôle complet de la parade de personnages et de costumes incroyables alors qu’ils marchaient dans le Quartier Français.

Decadence, comme les participants l’appellent communément, est marquée par des parades, des lancers de colliers, des fêtes de rue et des dance parties. Elle ressemble par là au Mardi Gras de New Orleans, toutefois, Southern Decadence a une connotation sexuelle plus marquée et s’adresse à un public plus adulte. Les foules de Decadence dans le Quartier Français n’ont rien à envier aux foules de Mardi Gras.  La plupart des événements ont lieu dans ou autour du Quartier Français, centrés à l’intersection de Bourbon et St Ann streets.

Les thèmes étaient présentés de temps à autre depuis le début, mais ne sont pas devenus permanents jusqu’au thème « Plagues, Pests, parasites » (Calamités, fléaux, parasites) en 1988. Ils ont été présents chaque année où la Decadence a eu lieu depuis.  Ils ont été très variés comme « Voodoo That You Do », « Menage à Trois », « Ancient Truths, Lies, and Sacrifice », et « Hurricane: This Year, They Blow Back. » Le thème pour 2018 était « House of Bourbon – Unleash Your Beast. » (Maison Bourbon, déchaîne ta bête) Les couleurs officielles étaient Bleu royal et jaune canari.

Les années passées, des groupes religieux et conservateurs se sont montés contre le festival. En 2003, une pétition formelle a été déposée pour faire annuler l’événement, avec un film vidéo remis aux officiels montrant des douzaines d’hommes ayant des « rapports sexuels en public ». Il y avait des exemples d’hommes s’exhibant aux autres pour avoir des colliers comme les femmes ont longtemps montré leurs seins pour le lancer de colliers traditionnel de Mardi Gras depuis les balcons. Les plaintes ont entraîné une réponse vocale des propriétaires de commerces et d’hôteliers à la Nouvelle Orléans en soutien au festival. Finalement, la police a publié des notes clarifiant ce qui constitue un acte sexuel en public. Le pasteur qui a mené, filmé et déposé la pétition, Grant Storms, fut arrêté en février 2011 après avoir été pris en flagrant délit de masturbation dans un parc public. Il fut inculpé d’obscénité le 22 août 2012.

La ville a ensuite adopté un arrêté municipal qui bannissait effectivement la diffusion de tout message social, politique ou religieux sur Bourbon Street du lever au coucher du soleil, punissable de six mois de prison au maximum et d’une amende de 500 $. La conseillère municipale Kristin Palmer, qui a soutenu l’arrêté, a déclaré que la ville « a un intérêt légitime dans la protection des résidents et visiteurs dans la zone à forte circulation de Bourbon Street le soir. Elle a déclaré qu’une sollicitation agressive peut constituer un problème de contrôle de la foule et les personnes ont le droit de délivrer leur message s’ils sortent de cinq pas de Bourbon Street. Il s’agit vraiment d’un problème visant à essayer de protéger la sécurité publique. »

Une fois encore, la liberté de parole et la liberté de religion ont été reconnues pour les américains. Ceci garantissant que les participants à l’événement puissent continuer à se réunir annuellement pour (toutes) les parties intéressées. Bien que la fête puisse devenir tapageuse, et que les protestataires supposés puissent être zélés dans leur discours, la liberté prévaut pour chaque participant. »


N’hésitez pas à parcourir en plus de cette chronique le blog de Nathalie :
laventurelouisianaise.blogspot.com/2018/09/welcome-to-my-new-world.html


Crédits Photos : xxx