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Jean-Michel Colin nous propose une chronique sur le compositeur jazz Milt Buckner, une belle redécouverte du travail de cet arrangeur d’exception !

Encore une grande figure qu’il faut sortir de l’oubli. Milt Buckner (1915-1977) est entré dans la carrière comme pianiste et il l’a terminée en organiste. Le pianiste laisse derrière lui la marque d’un style qui lui fut propre : le « block chords », un jeu de piano en accords, les 2 mains quasi menottées ensemble. L’organiste, auquel est consacrée l’essentiel de cette page, est, avec Wild Bill Davis, largement en tête du peloton.

Milt s’est fait connaître en 1941 au piano du big band naissant de Lionel Hampton, dont il sera aussi l’arrangeur principal pendant près de 10 ans. On aperçoit ce petit bonhomme rondouillard dans quelques soundies qui appartiennent à la mémoire de l’époque, dont ce « Hamp Boogie Woogie »


Lionel Hampton – Jam Session – 1955

A partir des années 50, il vole de plus en plus de ses propres ailes, et de plus en plus avec son Hammond B3, lui adaptant le block chords de son piano, mais pas que… L’émotion qu’il sait faire jaillir du blues et des ballades, le swing haletant qu’il dégage de ses claviers, et l’humour qui est dans sa propre nature définissent un personnage formidablement attachant. On retrouve tout ça dans ce qui pourrait être la bande-annonce du film de Louis Panassié : « L’Aventure du Jazz », où son duo avec Jo Jones est époustouflant ! Et en plus, vous avez droit à un numéro de haute voltige d’un trio inédit, Jimmy Slyde, tap dancer, George Benson et Jo Jones.

George Benson, Jo Jones, Milt Buckner, Jimmy Slyde in « L’Aventure du Jazz » – 1972

Roi de la ballade, il en donne une démonstration superlative avec une de ses compositions, « La Belle Claudine », dédiée à la belle-fille de Panassié, toujours accompagné – et comment ! – par un Jo Jones impérial, toujours à l’écoute, formant avec lui un duo qui a illuminé les années 70, par la grâce des tournées annuelles organisées par l’ami Jean-Marie Monestier.

La Belle Claudine – 1972

Duo transformé en trio pour notre plus grand plaisir, lorsqu’y fut invité Illinois Jacquet, ténor du ténor, la complicité musicale des trois se doublant d’une profonde amitié qui ne s’est jamais démentie tout au long de leur carrière. Ce qui nous a permis de vibrer lors de leurs fréquents passages, quasi-annuels, chez nous. Regardez-les swinguer sur ce « Flyin’ Home », où Illinois reprend le solo qui a fait sa gloire 30 ans avant avec Hampton, le plaisir qu’ils y prennent et qu’ils nous donnent, malgré des images un peu neigeuses qui nous empêchent d’apprécier la beauté du cadre du château de l’Empéri de Salon-de-Provence.

Jazz En Provence – 1975

Une délicieuse sucrerie pour la route : « Flamingo », avec un autre grand du ténor, Buddy Tate. Après la déferlante du précédent, c’est une douce caresse que nous offrent ces trois-là, Jo Jones en est encore, cette fois avec ses balais, pour que la caresse soit encore plus tendre.  

Flamingo – 1974


Crédits Photos : James Kriegsmann, David Redfern, PMS Records