Nous vous l’avions promis, nous poursuivons notre série de conférence musicale à Atur à la Maison des Associations, le 9 Octobre prochain, nous accueillons Mohamed Beldjoudi, co-fondateur du Aulnay-Always-Blues Festival, qui nous présentera : Congo Square : « Terre d’Afriques, à la Nouvelle-Orléans »
 
mohamed bedjouli 
 
 
 
 
 
 
 

   « En 1704, sous la législation française, le Code Noir de Louisiane décida que le dimanche serait un jour chômé pour tous les habitants de la colonie, et ce privilège d’un congé hebdomadaire fut étendu aux esclaves africains. Cette opportunité pour les esclaves à se divertir et à organiser des festivités le dimanche se poursuivit sous l’administration espagnole puis américaine. Les descendants africains se réunissaient dans le respect de leurs traditions le dimanche après-midi pour ce qui était populairement reconnu comme leur « jour libre », en plusieurs lieux de la Nouvelle-Orléans, jusqu’en 1817 quand une ordonnance de la ville leur assigna un espace unique. L’endroit désigné était un espace public à l’arrière de la ville, communément appelé Congo Square.  »

congo square Il y a des lieux de par le monde dont la seule évocation renvoie aux heures les plus sombres de l’humanité ; la place « Congo Square » en fait partie mais elle relate, bien plus que les tragiques circonstances qui l’on vu naître.

En effet, îlot de résistance par excellence, ce territoire aura permis d’accueillir la culture des Afriques durant près d’un siècle et demi, à travers la pratique de la musique, de la danse et du commerce. Ainsi, Congo Square sert de repère à la naissance de la culture Afro-américaine.

Pour de nombreuses générations d’Africains nées en Amérique du Nord, ce lieu sacré « Holy Ground » a offert  dès le 18ème siècle, un  véritable encrage historique permettant des rencontres improbables. Et c’est la transposition du jeu de percussions africaines tel que le dundun (tambour) et le Kenken (cloche) sur des tambours européens qui permettra de créer le Double-Drumming (indépendance de la grosse caisse et de la cymbale) ; servant ainsi de rythmique aux Brass Bands puis intégrant le jeu de la batterie dans les ensembles de Jazz de la Nouvelle-Orléans dès la fin du 19ème siècle…

Ancré dans la culture de Louisiane, Congo Square offre aux populations afro-américaines la possibilité d’identifier le début de leur histoire sur le continent nord-américain… mais c’est aussi, comme le traduit souvent l’allégorie de la roue de la fortune à l’échelle planétaire, la fin des civilisations amérindiennes scellant le sort de près de 30 nations qui vivaient sur le territoire de l’actuel Etat de Louisiane.

Mohamed Beldjoudi, EHESS,                                                                                                          Laboratoire, Musique, Histoire, Société